Réalisation Iris Claret

En préambule …

Le harcèlement moral dans les organisations (entreprises privées, publiques, associations, ONG …) est un sujet grave et largement débattu aujourd’hui. En même temps, de nombreuses inexactitudes circulent à propos de ce qu’est véritablement le harcèlement moral. Toutes les personnes qui se disent harcelées ne le sont pas forcément. Certaines personnes se pensent harcelées alors qu’elles subissent du stress, un conflit, de la maltraitance managériale ou de la violence ponctuelle.

Dans mon métier d’accompagnant – en tant que coach et thérapeute – je suis amené à accompagner des personnes qui ont subi ou subissent du harcèlement moral. Comment voir le harcèlement moral dans les organisations ? Comme une violence perverse au quotidien ? Comme une opportunité de croissance personnelle ? Les deux ?

J’ai fait le choix d’écrire cet article avec une double intention :

  • Clarifier ce qu’est – et ce que n’est pas – le harcèlement moral. Pour ce faire, j’ai compilé et réagencé ci-dessous des extraits de deux ouvrages très pédagogiques à ce sujet : « Le harcèlement moral – La violence perverse au quotidien » et « Le harcèlement moral dans la vie professionnelle » tous deux écrits par Marie-France Hirigoyen (psychiatre, psychanalyste et thérapeute familiale systémique) et publiés aux Éditions Syros.
  • Clarifier ce qu’est la perversion narcissique car bien souvent le harcèlement moral est « l’œuvre » de pervers narcissiques. Il ne s’agit pas ici de faire leur procès (Ils se défendent d’ailleurs très bien tout seuls) mais de tenir compte de leur nocivité, de leur dangerosité pour autrui, afin de mieux permettre aux victimes ou aux futures victimes de se défendre. La perversion est un aménagement défensif (défense contre la psychose ou contre la dépression), mais cela n’excuse pas les pervers pour autant.

Je le dis haut et fort en préambule :

  • Aucun salarié ne devrait subir les agissements répétés de harcèlement moral d’un employeur, de son représentant ou de toute personne abusant de l’autorité que lui confère ses fonctions et qui ont pour objet ou pour effet de porter atteinte à sa dignité et de créer des conditions de travail humiliantes ou dégradantes.
  • Le harcèlement moral est pratiqué par des hommes comme par des femmes. Tout au long de cet article, j’emploierai donc le terme « harceleur » avec une connotation masculine et féminine.

J’ai structuré en 7 chapitres cet article, forcément incomplet tant le sujet est vaste :

1 – Comment blesser l’autre ? Ce qui est considéré comme du harcèlement.

2 – Ce qui n’est pas du harcèlement : le stress, le conflit, la maltraitance managériale généralisée et les agressions ponctuelles ne sont pas du harcèlement moral.

3 – En quoi le harcèlement est pervers ?

4 – Une tentative de définition de la perversion et du narcissisme.

5 – Le fonctionnement du pervers narcissique.

6 – La victime objet.

7 – En guise de conclusion inachevée : quelques conseils pratiques en cas de harcèlement moral en entreprise.

1 – Comment blesser l’autre ? Ce qui est considéré comme du harcèlement moral.

Le harcèlement moral au travail se définit comme toute conduite abusive (geste, parole, comportement ou attitude) qui porte atteinte, par sa répétition ou sa systématisation, à la dignité ou à l’intégrité psychique ou physique d’une personne, mettant en péril l’emploi de celle-ci ou dégradant le climat de travail.

Harceler, c’est soumettre sans répit à des petites attaques répétées. C’est un acte qui ne prend son sens que dans la durée. Il s’agit d’une violence par petites touches qui ne se repère pas forcément et qui est pourtant très destructrice. Chaque attaque prise séparément n’est pas vraiment grave. C’est l’effet cumulatif des microtraumatismes fréquents et répétés qui constitue l’agression.

> Les motivations souvent inconscientes du harceleur : l’envie, la jalousie, la rivalité, régner à tout prix.

Miroir, mon beau miroir, dis-moi …

Comment se dire à soi-même « Je ne le supporte pas parce qu’il est plus intelligent, plus beau, plus riche ou paraît plus aimé que moi » ? Ne pouvant se le dire, le harceleur essaye de « casser » l’autre. En médisant, il réduit l’écart entre lui et ce qu’il imagine des autres.

Les sentiments de jalousie peuvent apparaître entre collègues, vis-à-vis de la hiérarchie ou entre supérieur et subordonné. Comment supporter, quand déjà on n’est pas sûr de soi, d’avoir un subordonné plus diplômé ou plus performant ? Cela peut provoquer des passages à l’acte à tous les niveaux de l’organisation.

La peur est un moteur essentiel au harcèlement moral car, de manière générale, c’est par peur que nous devenons violents. Nous attaquons avant d’être attaqués. Nous agressons l’autre pour nous protéger de ce que nous pensons être un danger.

La peur engendre parfois de la lâcheté. Nous suivons les harceleurs dans leurs comportements irrespectueux de crainte d’être harcelé à notre tour. Tout ce qui n’est pas nommé n’existe pas. D’où l’importance de nommer ce qui ne va pas.

Régner à tout prix … Il y a perversion du travail, au sens où la finalité du travail a été perdue de vue pour ne retenir que la lutte pour le pouvoir. Quel pouvoir ? Un pouvoir subjectif, un pouvoir immédiat, une réussite apparente, quelques soient les conséquences à long terme.

> Les façons de faire du harceleur : le refus de l’altérité et de la différence et l’intrusion dans le territoire de l’intime.

Certaines entreprises ont des difficultés à supporter des salariés différents, avec des goûts ou des comportements « atypiques ». Les procédés de harcèlement visent avant tout à casser ou à se débarrasser des individus qui ne sont pas conformes au système. Le harcèlement moral est un des moyens d’imposer la « logique » du groupe.

En harcelant une personne, le harceleur ne cherche pas à critiquer son travail, bien fait ou mal fait, mais à la viser personnellement. Le but est de dominer à tout prix. Pour cela, le harceleur commence par casser l’autre en s’attaquant à ses points faibles et la personne perd progressivement confiance en elle. Le harceleur cherche à acculer en reprochant des choses intimes et que sa victime ne pourra pas changer et, plutôt que de lui faire des reproches précis il attaque de façon globale (« tu es nul »). Il ne s’agit pas de trouver une solution à un problème ou de régler un conflit mais d’instaurer un rapport de force. Le but est atteint lorsque la personne se soumet.

> Devenir la proie d’un harceleur à cause de l’isolement.

Le harcèlement est une pathologie de la solitude. Sont visées en priorité les personnes déjà isolées ou facilement isolables du reste du groupe. Celles qui ont des alliés ou des amis sont généralement plus à l’abri du harcèlement.

Les harceleurs entrainent les membres du groupe les plus dociles, les « moutons », contre la personne isolée. Le silence s’étend aux collègues même s’ils ne veulent pas prendre parti. Chez eux, il ne s’agit pas au départ d’un silence hostile mais d’un silence gêné. La victime réagit à ce silence là comme s’il s’agissait d’un silence hostile. Le processus devient alors circulaire car, par sa réaction, la personne victime de ce silence entraine l’hostilité de témoins qui pouvaient être neutres au départ.

2 – Toutes les personnes qui se disent harcelées ne le sont pas forcément : le stress, le conflit, la maltraitance managériale généralisée et les agressions ponctuelles ne sont pas du harcèlement moral.

> Le stress.

Le stress ne devient destructeur que par excès alors que le harcèlement moral est destructeur par sa nature même. Certes les conditions de travail deviennent de plus en plus dures, il faut faire toujours plus, faire mieux dans l’urgence et avec des revirements de stratégie. Tout cela engendre du stress. Cependant le but conscient du management par le stress n’est pas de détruire les salariés mais de les rendre plus performant. La finalité est l’accroissement de l’efficacité ou de la rapidité dans l’accomplissement d’une tâche. Si la gestion par le stress entraîne des conséquences désastreuses sur la santé, c’est par un dérapage, un mauvais dosage. Dans le stress, contrairement au harcèlement moral, il n’y a pas d’intentionnalité malveillante.

Dans le harcèlement moral, au contraire, ce qui est visé c’est l’individu lui-même dans une volonté plus ou moins consciente de lui nuire : il ne s’agit pas d’améliorer une productivité d’optimiser des résultats mais de se débarrasser d’une personne parce que, d’une manière ou d’une autre, elle « gêne ». L’atteinte à la dignité se fait par des remarques désobligeantes constantes. Cette violence n’est utile ni à l’organisation, ni à la bonne marche de l’entreprise.

> Le conflit.

Ce qui caractérise un conflit c’est l’escalade symétrique, c’est-à-dire l’égalité théorique des protagonistes. En acceptant le conflit, on reconnaît l’existence de l’autre comme interlocuteur, on lui reconnaît l’appartenance à un même système de référence. C’est le côté positif du conflit.

Dans le harcèlement moral, il ne s’agit plus d’une relation symétrique comme dans le conflit, mais d’une relation dominant dominé, ou celui qui mène « le jeu » cherche à soumettre l’autre et à lui faire perdre son identité.

> La maltraitance managériale généralisée.

La maltraitance managériale c’est le comportement tyrannique de certains dirigeants caractériels qui font subir une pression terrible à leurs salariés ou qui les traitent avec violence, en les invectivant, en les insultant, sans aucunement les respecter. Dans le cas d’une maltraitance managériale, ce sont tous les salariés qui sont maltraités.

> Des agressions ponctuelles.

Des agressions ponctuelles ne sont pas considérées comme du harcèlement moral car le harcèlement moral se caractérise avant tout par la répétition.

3 – En quoi le harcèlement est pervers ?

> L’intentionnalité.

Le harcèlement moral à ceci de particulier qu’il ne s’inscrit pas dans une logique de sens : la personne qui le subit ne comprends rien à ce qui lui arrive. S’il existe un traumatisme et si les symptômes stagnent, c’est parce que ces situations sont proprement inimaginables.

Dans certains cas, l’intentionnalité peut se mettre en place progressivement.

Les victimes s’attendent légitimement à ce que le harceleur reconnaisse la violence de son acte. Ce qui ne se produit jamais. En effet, nous sommes davantage perturbés par un acte de violence dénié, qui aboutit à douter de nos perceptions, que par un acte franchement et visiblement hostile auquel il est plus facile de répliquer.

> Intentionnalité et niveau de conscience.

Conscience (« j’ai envie de lui faire mal ») et inconscience (« je ne veux pas lui faire du mal, mais c’est plus fort que moi, je ne peux pas m’empêcher de le blesser ou de le mettre en difficulté »).

Ce ne sont pas les réorganisations ou restructurations en elles-mêmes qui créent le processus destructeur : il y aura toujours des personnes avides de pouvoir qui profiteront de tout mouvement ou de toute réorganisation pour se propulser en avant. Elles comptent sur la confusion ou l’agitation ambiante pour masquer leurs agissements pervers.

Le harcèlement moral prend des formes différentes d’un secteur d’activité à l’autre.

Dans les secteurs de production, il y a moins de harcèlement mais plus de violence directe, alors que dans les services administratifs, la violence est plus sournoise.

Dans le secteur privé, le harcèlement moral est généralement plus brutal, dure moins longtemps et se termine assez souvent par le départ de la personne victime.

Dans le secteur public, le harcèlement moral peut durer plusieurs années, parfois plusieurs dizaines d’années, car en principe, les personnes sont protégées et ne peuvent pas être licenciées à moins d’une faute très grave. Pour cette raison, les méthodes de harcèlement moral y sont plus pernicieuses et aboutissent à des résultats dramatiques sur la santé mais aussi sur la personnalité des victimes.

Il n’y a pas davantage de pervers dans les administrations que dans le privé, mais ils peuvent sévir plus longtemps puisque les victimes ne peuvent leur échapper, ni par une démission ni par un licenciement. En cas de difficultés avec son supérieur hiérarchique direct, il ne faut pas trop compter sur des médiations informelles car, pour se faire entendre, il est généralement difficile d’accéder à l’échelon supérieur. Les personnes harcelées sont contraintes de faire des démarches procédurières, simplement pour faire entendre leur point de vue.

Une situation de harcèlement ne peut pas être interprétée en dehors de l’histoire de chacun des protagonistes, des différents systèmes de pensée qui ont façonné sa vision du monde, même si ces éléments personnels sont à replacer dans un contexte professionnel qui leur donne du sens. La manière dont une personne réagit à un contexte hostile est donc fonction de son histoire personnelle mais aussi de l’histoire de l’entreprise dans laquelle elle travaille et de l’écosystème dans lequel elle vit.

4 – Une tentative de définition de la perversion et du narcissisme.

Le mot « perversion » est apparu en 1444 dans la langue française du latin per-vertere (retourner, renverser), défini par le changement du bien en mal.

Les traits de personnalité narcissiques sont assez communément partagés (égocentrisme, besoin d’admiration, intolérance à la critique) et ne sont pas pour autant pathologiques. Il nous est arrivé à tous de manipuler autrui dans le but d’obtenir un avantage et nous avons tous éprouvé une haine destructrice passagère. Ce qui nous distingue des individus pervers, c’est que ces comportements ou sentiments n’ont été que des réactions passagères ayant été suivis de remords ou de regrets.

La personnalité narcissique est souvent décrite comme présentant au moins cinq des manifestations suivantes : le pervers narcissique a un sens grandiose de sa propre importance, est absorbé par des fantasmes de succès illimité et de pouvoir, pense être « spécial » et unique, a un besoin excessif d’être admiré, pense que tout lui est dû, exploite l’autre dans les relations interpersonnelles, manque d’empathie, envie souvent les autres et fait preuve d’attitude et de comportements arrogant.

La perversion narcissique est un « aménagement psychique » qui permet d’éviter l’angoisse en projetant tout ce qui est mauvais à l’extérieur. Il s’agit là d’une défense contre la « désintégration psychique ». En attaquant l’autre, les pervers cherchent avant tout à se protéger. La victime est le réceptacle de tout ce que son agresseur ne peut pas supporter.

Un Narcisse, au sens du Narcisse d’Ovide, est quelqu’un qui croit se trouver en se regardant dans le miroir. Sa vie consiste à chercher son reflet dans le regard des autres. L’autre n’existe pas en tant qu’individu mais en tant que miroir. Un Narcisse est une coque vide qui n’a pas d’existence propre. C’est un « pseudo » qui cherche à faire illusion pour masquer son vide. C’est quelqu’un qui n’a jamais été reconnu comme un être humain et qui a été obligé de se construire un jeu de miroirs pour se donner l’illusion d’exister. Comme un kaléidoscope, ce jeu de miroirs a beau se répéter et se multiplier, cet individu reste construit sur du vide.

Le Narcisse, n’ayant pas de substance, va se « brancher » sur l’autre et comme une sangsue, va essayer d’aspirer sa vie. Étant incapable de relation véritable, il ne peut le faire que dans un registre « pervers », de malignité destructrice. Les pervers ressentent une jouissance extrême, vitale, à la souffrance de l’autre et à ses doutes, comme ils prennent plaisir à asservir l’autre et à l’humilier.

Comme les vampires, le Narcisse vide a besoin de se nourrir de la substance de l’autre. Quand il n’y a pas la vie, il faut tenter de se l’approprier ou, si c’est impossible, la détruire pour qu’il n’y ait de vie nulle part.

Les pervers narcissiques sont envahis par un autre dont ils ne peuvent se passer. Cette autre n’est même pas un double, qui aurait une existence, c’est seulement un reflet d’eux-mêmes. D’où la sensation qu’ont les victimes d’être niées dans leur individualité. La victime n’est pas un individu autre, mais seulement un reflet. Toute situation qui remettrait en question ce système de miroir, masquant le vide, ne peut qu’entraîner une réaction en chaîne de fureur destructrice.

Miroir, mon beau miroir, dis-moi …

Les pervers narcissiques ne sont que des machines à reflets qui cherchent en vain leur image dans le miroir des autres. Ils sont insensibles, sans affect. Comment une machine à reflets pourrait-elle être sensible ? De cette façon, ils ne souffrent pas. Souffrir suppose une chair, une existence. Ils n’ont pas d’histoire puisqu’ils sont absents. Seuls des êtres présents au monde peuvent avoir une histoire. Si les pervers narcissiques se rendaient compte de leur souffrance, quelque chose commencerait à changer pour eux. Mais ce serait quelque chose d’autre, la fin de leur précédent fonctionnement.

5 – Le fonctionnement du pervers narcissique.

Le pervers narcissique essaie de pousser sa victime à agir contre lui pour ensuite la dénoncer comme « mauvaise ». Ce qui importe, c’est que la victime paraisse responsable de ce qui lui arrive.

Un individu pervers est constamment pervers. Il est fixé dans ce mode de relation à l’autre et ne se remet en question à aucun moment. « Ce n’est pas moi, c’est l’autre qui est responsable du problème. » Pas de culpabilité, pas de souffrance. Il n’a ni compassion ni respect pour les autres puisqu’il n’est pas concerné par la relation.

La perversité ne provient pas d’un trouble psychiatrique mais d’une froide rationalité combinée à une incapacité à considérer les autres comme des êtres humains. Psychiatres, juges et éducateurs se font régulièrement piéger par des pervers qui se font passer pour victime.

Un individu narcissique impose son emprise pour retenir l’autre, mais il craint que l’autre ne soit trop proche, ne viennent envahir. Il s’agit donc de le maintenir dans une relation de dépendance ou même de propriété pour vérifier sa toute-puissance.

La notion de perversité implique une stratégie d’utilisation puis de destruction d’autrui, sans aucune culpabilité.Un pervers narcissique ne se construit qu’en assouvissant ses pulsions destructrices.

Les pervers narcissiques sont considérés comme des psychotiques sans symptômes, qui trouvent leur équilibre en déchargeant sur un autre la douleur qu’ils ne ressentent pas et les contradictions internes qu’ils refusent de percevoir. Ils « ne font pas exprès » de faire mal, ils font mal parce qu’ils ne savent pas faire autrement pour exister. Ils ont eux-mêmes été blessés dans leur enfance et essaient de se maintenir ainsi en vie. Ce transfert de douleur leur permet de se valoriser aux dépens d’autrui.

> La mégalomanie.

Les pervers narcissiques sont des individus mégalomanes qui se posent comme référents, comme étalons du bien et du mal, de la vérité. Ils ont souvent un air moralisateur, supérieur, distant. Même s’ils ne disent rien, l’autre se sent pris en faute. Ils dénoncent la malveillance humaine pour mettre en avant leur valeur morale irréprochable qui donne le change et une bonne image d’eux-mêmes. Montrer les failles des autres est une façon de ne pas voir ses propres failles, de se défendre contre une angoisse d’ordre psychotique.

Ils présentent une absence totale d’intérêt et d’empathie pour les autres mais ils souhaitent que les autres s’intéressent à eux. Tout leur est dû. Ils critiquent tout le monde, n’admettent aucune remise en question, aucune mise en cause et aucun reproche.

Les pervers entrent en relation avec les autres pour les séduire. Ils sont souvent décrits comme des personnes séduisantes et brillantes. Une fois le poisson attrapé, ils le maintiennent « accroché » tant qu’ils en ont besoin. Autrui n’existe pas, il n’est pas vu, pas entendu, il est seulement « utile ». Dans la logique perverse, il n’existe pas de notion de respect de l’autre. L’efficacité de leurs attaques tient au fait que la victime ou l’observateur extérieur n’imagine pas qu’un individu puisse être à ce point dépourvu de sollicitude ou de compassion devant la souffrance de l’autre.

> La vampirisation.

Le partenaire n’existe pas en tant que personne mais en tant que support d’une qualité que les pervers essaient de s’approprier. Les pervers se nourrissent de l’énergie de ceux qui subissent leur charme. Ils tentent de s’approprier le narcissisme gratifiant de l’autre en envahissant son territoire psychique.

Le Narcisse a besoin de la chair et de la substance de l’autre pour se remplir. Mais il est incapable de se nourrir de cette substance charnelle car il ne dispose pas d’un début de substance qui lui permettrait d’accueillir, d’accrocher et de faire sienne la substance de l’autre. Cette substance devient son dangereux ennemi, parce qu’elle le révèle vide à lui-même.

Pour des raisons qui tiennent à leur histoire dans les premiers stades de la vie, les pervers n’ont pas pu se réaliser. Ils observent avec envie que d’autres individus ont ce qu’il faut pour se réaliser. Passant à côté d’eux-mêmes, ils essaient de détruire le bonheur qui passe près d’eux. Prisonniers de la rigidité de leur défense, ils tentent de détruire la liberté. Ne pouvant jouir pleinement de leur corps, ils essaient d’empêcher la jouissance du corps des autres, même chez leurs propres enfants. Étant incapables d’aimer, ils essaient de détruire par cynisme la simplicité d’une relation naturelle.

Le moteur du noyau pervers, c’est l’envie. Ce que les pervers envient avant tout, c’est la vie chez l’autre. L’appropriation est la suite logique de l’envie. Les pervers absorbent l’énergie positive de ceux qui les entourent, s’en nourrissent et s’en régénèrent, puis ils se débarrassent sur eux de toute leur énergie négative. Les pervers agressent l’autre pour sortir de la condition de victime qu’ils ont connue dans leur enfance.

Dans une relation, cette attitude de victime séduit un partenaire qui veut consoler, réparer, avant de le mettre dans une position de coupable. Lors des séparations, les pervers se posent en victime abandonnées, ce qui leur donne le bon rôle et leur permet de séduire un autre partenaire, consolateur.

> L’irresponsabilité.

Rejeter la faute sur l’autre et médire de lui en le faisant passer pour mauvais permet non seulement de se défouler, mais aussi de se blanchir. Jamais responsables, jamais coupables : tout ce qui va mal est toujours de la faute des autres. Les pervers narcissiques se défendent par des mécanismes de projection : porter au crédit d’autrui toutes leurs difficultés et tous leurs échecs et ne pas se mettre en cause. Ils se défendent aussi par le déni de la réalité.

Les pervers narcissiques ont du mal à prendre des décisions dans la vie courante et ont besoin que d’autres assument les responsabilités à leur place. Ils ne sont pas autonomes, ne peuvent se passer d’autrui, ce qui les conduit à un comportement « collant » et à une peur de la séparation. Pourtant, ils pensent que c’est l’autre qui sollicite la sujétion.

> La paranoïa.

La prise de pouvoir des paranoïaques se fait par la force tandis que celle des pervers se fait par la séduction.

Les pervers narcissiques ont tendance à être moralisateurs : ils donnent des leçons de probité aux autres. En cela, ils sont proches des personnalités paranoïaques. La personnalité paranoïaque se caractérise par l’hypertrophie du moi (orgueil, sentiment de supériorité), la psychorigidité (obstination, intolérance, rationalité froide, la difficulté à montrer des émotions positives, mépris d’autrui), la méfiance (crainte exagérée de l’agressivité d’autrui, le sentiment d’être victime de la malveillance de l’autre, suspicion, jalousie), la fausseté du jugement (elle interprète des événements neutres comme étant dirigés contre elle).

Le diagnostic entre un paranoïaque et une vraie victime de harcèlement moral se fait par la tonalité générale de la plainte. Les vraies victimes de harcèlement moral sont dans le doute, s’interrogent sur leurs propres agissements, cherchent des solutions pour mettre fin à leurs tourments. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’elles ne réagissent pas suffisamment tôt et peuvent laisser la situation s’enliser. Elles veulent avant tout trouver une issue qui rétablisse leur dignité. Les paranoïaques au contraire ne doutent pas : ils affirment et accusent.

6 – La victime objet.

La victime est victime parce qu’elle a été choisie par le pervers. Elle devient bouc émissaire, responsable de tout le mal. Elle sera désormais la cible de la violence, évitant à son agresseur la dépression ou la remise en cause. La victime est innocente du crime pour lequel elle va payer. Pourtant, même les témoins de l’agression la soupçonnent. Tout se passe comme si une victime innocente ne pouvait exister. Son entourage imagine qu’elle consent tacitement ou qu’elle est complice, consciemment ou non, de son agression.

À notre époque, les victimes, à défaut de passer pour innocentes, doivent passer pour faibles. Il est commun d’entendre dire que si une personne est devenue victime, c’est qu’elle était prédisposée par sa faiblesse ou ses manques. Paradoxalement, les victimes sont généralement choisies pour ce qu’elles ont en plus et que l’agresseur cherche à s’approprier. La victime n’a d’intérêt pour le pervers que lorsqu’elle est utilisable et qu’elle accepte la séduction. Elle devient un objet de haine dès qu’elle se dérobe ou qu’elle n’a plus rien à donner.

De la même façon qu’un alpiniste s’accroche aux failles de la paroi (les prises) pour progresser, les pervers se servent des failles de l’autre. Ils ont une intuition très grande de ses points de fragilité, de là où l’autre pourrait avoir mal, être blessé. La victime n’est pas en elle-même masochiste ou dépressive. Le pervers va utiliser la part dépressive ou masochiste qui est en elle.

Lorsque le processus de harcèlement est en place, il est rare qu’il cesse autrement que par le départ de la victime.

La séparation, quand elle peut se faire, est le fait des victimes, très rarement des agresseurs. Ce processus de libération se fait généralement dans la douleur et la culpabilité, car les pervers narcissiques se posent en victime abandonnée et trouvent là un nouveau prétexte à leur violence. Dans un processus de séparation, les pervers s’estiment toujours lésés et deviennent procéduriers, profitant de ce que leurs victimes, pressées d’en finir, sont encore prêtes à toutes les concessions. L’agresseur se plaint qu’il est lésé alors que c’est la victime qui perd tout.

Avec le temps, l’expérience vécue ne s’oublie pas complétement. Comment les victimes pourraient-elles dire que, 10 ou 20 ans après, elles continuent à avoir un sentiment de détresse quand des images de leurs persécuteurs s’imposent à elles ? Même si elles ont retrouvé une vie épanouissante, ces souvenirs peuvent toujours amener une souffrance fulgurante. Des années après, tout ce qui évoquera de près ou de loin ce qu’elles ont subi les fera fuir car le traumatisme aura développé en elles une capacité à repérer mieux que d’autres les éléments pervers d’une relation.

D’un agresseur réellement pervers, il est inutile d’attendre remords ou regret. La souffrance des autres n’a aucune importance. S’il y a repentance, elle vient de l’entourage, de ceux qui ont été des témoins muets ou des complices. Eux seuls peuvent exprimer le regret et par la même redonner sa dignité à la personne qui a été injustement bafouée.

7 – En guise de conclusion inachevée : quelques conseils pratiques en cas de harcèlement moral en entreprise.

Face à un pervers, nous ne gagnons jamais véritablement. En revanche, nous pouvons apprendre quelque chose sur nous-mêmes. Dans une relation toxique harceleur – harcelé, il y a pour la victime un cadeau caché à trouver et à déballer.

Afin de se défendre, la tentation est grande, pour la victime, d’avoir recours au même procédé que l’agresseur. Pourtant, si on se retrouve en position de victime, c’est que l’on est le moins pervers des deux. On voit mal comment cela pourrait s’inverser. Utiliser les mêmes armes que l’adversaire est fortement déconseillé. En réalité, la loi est le seul recours.

> Repérer.

Si on a le sentiment d’une atteinte à sa dignité ou à son intégrité psychique en raison de l’attitude hostile d’une ou de plusieurs personnes, ce régulièrement et sur une longue période, on peut penser qu’il s’agit de harcèlement moral.

Si la victime n’entre plus dans le jeu pervers, cela déclenche chez l’agresseur une surenchère de violence qui le conduira à la faute. On peut, dès lors, s’appuyer sur les stratégies du pervers pour le prendre à son propre piège. Est-ce à dire que, pour se défendre, il faut utiliser aussi des manœuvres perverses ? C’est là un danger à éviter. Le but final d’un pervers étant de pervertir l’autre, de l’amener à devenir mauvais lui-même, la seule victoire est de ne pas devenir comme lui et de ne pas agresser en retour. Mais il est important de connaître ses tactiques et son mode de fonctionnement pour déjouer ses agressions.

> Résister psychologiquement : trouver de l’aide au sein de l’entreprise et à l’extérieur de l’entreprise.

Il est important d’être soutenu. Les seuls soutiens valables sont ceux qui se contentent d’être là, présent, disponibles et qui ne jugent pas. Ceux qui, quoi qu’il advienne, seront restés eux-mêmes.

Il s’agit de faire connaître les faits de harcèlement moral notamment auprès de la direction des ressources humaines ou du médecin du travail.

Il s’agit également de consulter un psy (psychiatre, psychothérapeute, psychologue …) afin de retrouver l’énergie qui permettra de se défendre.

L’évolution des victimes qui se libèrent de l’emprise montre bien qu’il ne s’agit pas ici de masochisme. En effet, très souvent, cette expérience douloureuse leur sert de leçon : les victimes apprennent à protéger leur autonomie, à fuir la violence verbale, à refuser les atteintes à l’estime de soi. La personne n’est pas globalement masochiste, mais le pervers l’a accrochée par sa faille qui peut éventuellement être masochiste. Lorsque nous disons à une victime qu’elle est masochiste et se complaît dans sa souffrance, nous escamotons le problème relationnel.

> Apprendre à ne pas réagir aux provocations de son agresseur.

Une règle essentielle lorsque l’on est harcelé par un pervers moral est de cesser de se justifier. La tentation est grande puisque le discours du pervers est truffé de mensonges proférés avec la plus grande mauvaise foi. Toute explication ou justification ne peux amener la victime qu’à s’embourber un peu plus. Toute imprécision ou erreur de sa part, même de bonne foi, pourra être utilisé contre elle. À partir du moment où l’on est dans la ligne de mire d’un pervers, tout peut être retenu à charge. Il vaut mieux se taire.

Ne pas être réactif est particulièrement difficile pour quelqu’un qui a été choisi pour son impulsivité.

Il faut amener la victime à accepter que, quoi qu’elle fasse, elle sera toujours un objet de haine pour le pervers, accepter qu’elle ne peut rien faire pour modifier cette relation, accepter son impuissance.

Il suffit donc qu’elle ait une image suffisamment bonne d’elle-même pour que les agressions ne remettent pas en question son identité. Ainsi, si la victime cesse d’avoir peur de son agresseur, elle sort du jeu et peut ainsi désamorcer l’agression.

> Agir.

Agir fermement et sans craindre le conflit. La victime peut paraître être l’agresseur, mais c’est un choix qu’il lui faudra assumer car de lui seul peut venir un changement. C’est la seule possibilité de solution ou, tout au moins, d’aménagement. Plus la crise est retardée, plus elle sera violente.

Dans le domaine professionnel, il faut être extrêmement rigoureux afin de contrer la communication perverse. Poser et faire respecter un cadre relationnel est protecteur.

 Il faudra anticiper sur les agressions en s’assurant qu’il n’y a aucune ambiguïté dans les consignes ou les ordres, en faisant lever les imprécisions et éclaircir les points douteux. Il vaut mieux passer pour anormalement méfiant, quitte à être qualifié de paranoïaque, que de se laisser mettre en faute.

C’est habituellement lorsque la victime constate qu’aucune solution n’est proposée et qu’elle craint un licenciement ou qu’elle envisage de donner sa démission, qu’elle se tourne vers les syndicats ou les représentants du personnel. Mais il faut savoir que quand une situation de harcèlement est communiquée aux syndicats, cela devient un conflit ouvert. Leur intervention consiste alors à négocier un départ. Il est très difficile d’obtenir une médiation à ce niveau car les représentants du personnel ont généralement plus un rôle revendicatif qu’un rôle d’écoute et de médiation.

Il y a agression psychique lorsqu’un individu est atteint dans sa dignité par le comportement d’un autre. Le tort des victimes a été de ne pas avoir repéré à temps que les limites étaient franchies et de ne pas avoir su se faire respecter. Au lieu de cela, elles ont absorbé les attaques comme des éponges. Il leur faudra donc définir ce qui est acceptable pour elle et par la même se définir.

Lorsqu’une victime est décidée à mettre fin à la relation avec son harceleur, il lui faut trouver un moyen pour que les agressions se produisent en présence de tiers qui pourront témoigner. Elle doit aussi garder toutes les traces écrites qui peuvent aller en ce sens. Dénigrement, dévalorisation, mise à l’écart, s’ils sont prouvés, constituent des preuves de harcèlement.

« Tout est changement, non pour ne plus être, mais pour devenir ce qui n’est pas encore. »

Épictète

Le choix courageux d’agir, comme un sursaut pour échapper à l’emprise mortifère, permet à la vie de renaître, à la confiance en soi de grandir et à l’estime de soi de se développer.

Et vous, qu’en pensez-vous ? Si vous avez été victime de harcèlement moral ou si vous connaissez une / des personne(s) victime(s) de harcèlement moral, quel a été votre / leur cadeau caché ?

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