Osez un voyage à la rencontre de qui vous êtes véritablement !

Écrit par Laurent Claret

13/04/2018

Le processus d’individuation selon Carl Gustav Jung : un voyage vers soi via le Soi. 

« Connais-toi toi-même et tu connaitras l’Univers et les Dieux. »

En guise d’in(tro)duction … une invitation à un cheminement spirituel.

Imiter le cycle de l’eau.

J’aime la métaphore d’Olivier Clerc à ce sujet, alors je la partage avec vous …

« Pour se purifier, dans la nature, tantôt l’eau s’enfonce dans les profondeurs du sol qui en filtre les impuretés, jusqu’à ce qu’elle jaillisse claire et pure d’une source ; tantôt elle s’évapore au soleil, laissant les impuretés au sol, puis forme des nuages avant de retomber en eau de pluie d’une pureté cristalline. Ces deux voies s’offrent aussi à nous dans notre chemin d’évolution : celle de la « psychologie des profondeurs », qui nous aide à filtrer le passé qui nous encombre, pour que notre vie s’écoule ensuite plus librement et celle de la spiritualité qui nous élève jusqu’à notre soleil intérieur, avant de nous restituer à notre quotidien, plus légers qu’avant.  L’eau, c’est la vie. Observez-en toutes les manifestations sur Terre, pour mieux vous en inspirer dans votre vie intérieure, afin qu’elle soit toujours plus fluide et vivifiante. »

Olivier Clerc – Extrait de « Magiciens du quotidien »

Carl Gustav Jung fait partie de mes principaux référents : sa pensée m’inspire et me guide au quotidien sur le plan personnel et professionnel. La psychologie des profondeurs qu’il a développée résonne intensément en moi depuis de nombreuses années et m’inspire dans ma pratique de l’accompagnement existentiel auprès de mes clients.

La pensée en arborescence de Carl Gustav Jung mériterait un article en arborescence. Je fais pourtant le choix de vous proposer un article d’un bloc avec des renvois – via des liens – vers de plus amples lectures si vous en avez la curiosité et la disponibilité.

Je suis particulièrement touché par la vision globale de l’individu qu’avait ce psychiatre suisse, un moment dauphin de Sigmund Freud avant de s’en éloigner. Il considérait positivement l’inconscient car source du potentiel créatif de l’homme. Tandis que Sigmund Freud concevait l’inconscient comme une sorte de cave, où reposeraient dans la pénombre tous nos désirs refoulés, Carl Gustav Jung le percevait comme un grenier où filtre une douce lumière, celle de nos aspirations vers le sacré. Au fur et à mesure de ses travaux, Carl Gustav Jung s’est aperçu de la récurrence dans les rêves de ses patients de certains motifs ayant existé à toutes les époques. Il a ainsi élaboré la théorie selon laquelle il existe un inconscient collectif qui rassemble les expériences humaines millénaires sous forme de thèmes symboliques universels : les archétypes. Ces archétypes sont une expression métaphorique de notre structure profonde, des différents éléments de notre personnalité. Chargés d’énergie transformatrice, ils apparaissent notamment dans les rêves, lorsqu’un problème les met en action ou lorsqu’une situation psychologique doit évoluer.

Carl Gustav Jung a proposé au monde une spiritualité à la fois spéculative et (surtout) opérative sous la forme d’une expérience intérieure à vivre. Cette expérience peut se vivre de deux manières différentes et complémentaires à la fois. Une expérience intérieure qu’il appelle le « numineux » : une rencontre ineffable du sacré au plus profond de l’âme. Une expérience intérieure qu’il appelle le « processus d’individuation » : un long travail de maturation psychologique, à travers un dialogue entre le conscient et l’inconscient, qui permet de devenir un individu singulier. L’objectif commun de ces deux approches étant l’émergence du Soi, de la totalité de notre être.

« Carl Gustav Jung a redéfini la notion freudienne de libido, en la comprenant comme élan vital plus que comme pulsion sexuelle, et celle d’inconscient, en en découvrant les propriétés créatrices et en ajoutant à l’inconscient personnel la notion d’inconscient collectif, qui nous relie à nos ancêtres et aux symboles de notre culture. Il a étudié les mythes et les symboles universels et développé la notion d’archétype, comme image primordiale inscrite dans l’inconscient humain. Il a élaboré la théorie de la synchronicité, qui montre que deux événements peuvent être reliés entre eux non pas de manière causale, mais par le sens, ce qui postule qu’il existe une dimension du réel qui échappe encore à notre connaissance scientifique. Il a montré que le dialogue du conscient et de l’inconscient (notamment à travers l’analyse de nos rêves et des synchronicités de nos vies, notre imagination active, la création artistique) favorise l’accès à une connaissance de nous-mêmes qui nous permet de nous « individuer », c’est-à-dire de devenir pleinement nous-mêmes et de réaliser ce que les hindous appellent « le Soi », la totalité de l’être. Le processus d’individuation permet de démasquer l’image fausse de nous-mêmes que nous souhaitons donner aux autres (la « persona »), d’intégrer notre part masculine (« animus » pour les femmes) et notre part féminine (« anima » pour les hommes), de traverser notre ombre, c’est-à-dire la part obscure et refoulée de nous-mêmes et de réconcilier nos polarités. Il s’agit donc d’une expérience intérieure, une alchimie de l’être, qui revêt un caractère éminemment spirituel. »

Frédéric Lenoir « Jung – Un voyage vers soi » Éditions Albin Michel

Plus qu’une philosophie ou qu’un travail psychologique de développement personnel, le processus d’individuation (principium individuationis) que nous propose Carl Gustav Jung est un cheminement spirituel fondé sur les énergies du Soi, qui œuvre en vue d’une complétude.

L’intention de cet article que j’ai intitulé « Osez un voyage à la rencontre de qui vous êtes véritablement ! » est essentiellement pédagogique : je souhaite présenter la richesse de ce que Carl Gustav Jung a appelé le processus d’individuation le plus clairement possible, sans pour autant trop le vulgariser. Que vous ayez déjà entrepris ce voyage intérieur à la rencontre de vous-même ou que l’idée d’un tel voyage soit en train de germer, je fais le vœu que cet article vous éclaire d’une façon ou d’une autre. Vos commentaires en bas de cet article pour me permettre d’en améliorer la pédagogie sont les bienvenus.

Au fil des ans, de nombreuses lectures ont guidé la rédaction de cet article. Les deux plus récentes sont l’ouvrage de Frédéric Lenoir « Jung – Un voyage vers soi » publié aux Éditions Albin Michel et « Archétypes – Le jeu de cartes que Jung aurait adoré créer » édité par Souriez Vous Managez.

En guise de développement … les ingrédients d’une recette personnelle à inventer pour un voyage intérieur intime et unique.

Dans un premier temps, nous verrons comment le processus d’individuation s’inscrit dans les 5 étapes de la vie d’un homme : le temps de la survie, de la différenciation, de la construction, de l’harmonie et de la réalisation de soi.

Dans un second temps et dans un joyeux désordre, nous envisagerons « les ingrédients de la recette » d’un processus d’individuation à travers 4 dimensions :

  • Démasquer la persona et les jeux de l’ego pour passer du moi au Soi.
  • Les symboles, les archétypes, les mythes et les images sont les langages du Soi.
  • Les synchronicités, les rêves et les rituels sont les médiateurs du Soi.
  • Apprivoiser ses ombres, intégrer son animusanima et harmoniser ses contraires pour réaliser la complétude de son être.

1 – Le processus d’individuation en lien avec les 5 étapes de la vie d’un homme.

L’individuation est généralement caractéristique de la seconde moitié de vie d’un homme : lorsqu’il a établi sa place dans le monde, une nouvelle exigence peut se faire valoir à lui, celle d’être vraiment lui-même, être ce qu’il est, tout ce qu’il est et seulement ce qu’il est. C’est l’archétype du Soi qui suscite et dynamise ce processus. Un individu peut alors avoir l’élan de questionner tous les aspects de sa personne et notamment sa part d’ombre.

« Les archétypes sont doués d’une initiative propre et d’une énergie spécifique. Ils peuvent aussi, à la fois, fournir dans la forme symbolique qui leur est propre une interprétation chargée de sens et intervenir dans une situation donnée avec leurs propres impulsions et leurs propres pensées. À cet égard, ils fonctionnent comme des complexes. Ils vont, ils viennent à leur guise et souvent ils s’opposent à nos intentions conscientes ou les modifient de la façon la plus embarrassante. Nous pouvons percevoir l’énergie spécifique des archétypes lorsque nous avons l’occasion d’apprécier la fascination qu’ils exercent. Ils semblent jeter un sort. »

Carl Gustave Jung « L’homme et ses symboles » Robert Laffont
Selon Carl Gustav Jung, la véritable liberté intérieure ne se trouve qu’à travers le processus d’individuation.

Dans le processus d’individuation, les quatre premières étapes (la survie, la différenciation, la construction et l’harmonie) mènent à la cinquième (la réalisation de soi).

> Première étape : le temps de la survie.

C’est la phase d’adaptation qui correspond à l’enfance, à l’adolescence et au premier temps de la vie d’adulte, quand nous apprenons à obtenir une sécurité affective en réglant notre comportement en fonction de ce qui est attendu de nous.

Progressivement, nous adoptons un personnage (la persona) qui ne reflète pas la totalité de notre Être. Une partie de nous et niée, refoulée dans notre inconscient.

> Deuxième étape : le temps de la différenciation.

C’est la phase de l’affirmation de notre différence, de notre identité personnelle et professionnelle. C’est une phase d’autonomie, de prise de pouvoir et parfois de domination de l’autre.

Nous commençons à réaliser que ce personnage que nous avons adopté nous étouffe. Ce que Carl Gustav Jung appelle l’ombre, ce qui sommeille en nous et que nous n’avons pas encore choisi d’être, se rappelle à nous par vagues de nostalgie ou de bouffées dépressives.

> Troisième étape : le temps de la construction.

C’est le temps de l’intégration dans la communauté, de la prise de responsabilité collective. C’est aussi le temps du doute, du questionnement. Nous commençons à réévaluer notre parcours et à remettre de nombreux choix de vie en question.

Nous vivons les limites de notre personnage qui se fissure pour laisser émerger le refoulé. Côté lumière, nos vraies aspirations émergent. Côté ombre, la colère et les dérapages s’expriment. 

> Quatrième étape : le temps de l’harmonie.

C’est le début de la réconciliation, de l’intégration des opposés. Les aspirations de l’enfant peuvent être entendues. La persona et le Soi commencent à dialoguer. L’incertitude et la confusion perdent du terrain. La quête de reconnaissance cède le pas au désir de ne plus se mentir, ni de se trahir.

C’est le moment où nous pouvons choisir courageusement de revisiter nos priorités (nos « gros cailloux ») et d’actualiser nos potentiels.

> Cinquième étape : le temps de la réalisation de soi.

C’est le temps de l’individuation : nous sommes sur le chemin de la complétude, nous acceptons nos imperfections, nos désirs contradictoires. Nous accueillons nos émotions et nos ressentis sans les juger. Nous nous intéressons à notre raison d’être, à notre utilité au sein du collectif. La dimension spirituelle est réinvestie, nous nous sentons reliés au Vivant en nous et tout autour de nous et à l’ensemble de l’Univers. Ce que les alchimistes nomment « noces alchimiques », Carl Gustav Jung le nomme « réalisation du Soi ».

Une fois enclenché, le processus d’individuation ne s’arrête plus. C’est un chemin plus qu’une destination. Le bonheur est dans ce cheminement, pas dans l’hypothétique atteinte de la ligne d’arrivée.

Le Soi est une entité en perpétuelle mutation, en fonction des fluctuations du monde intérieur et extérieur. Cette évolution se vit à travers une succession de mutations, de passages, d’épreuves, de confrontations du conscient avec l’inconscient, confirmant par là-même les relations entre le moi et le Soi. C’est l’expérience et l’apprentissage de toute une vie.

Les trois étapes de la construction, de l’harmonie et de la réalisation de soi sont tout particulièrement sous-tendues par un profond besoin de sens. Carl Gustav Jung a rappelé que l’être humain ne pouvait pas vivre sans donner un sens à son existence et que l’angoisse de l’homme contemporain était liée à l’absence de sens. D’autres penseurs comme Victor Frankl ont également soutenu cette nécessité de sens chez l’homme. Pour s’épanouir en profondeur, nous avons besoin de donner une direction et une signification à notre existence. La connaissance de soi et le travail intérieur ne visent plus seulement à nous guérir d’une névrose, mais à nous réaliser en tant qu’être humain.

2 – Les « ingrédients de la recette » d’un processus d’individuation :

Dans un joyeux désordre, voyons quels sont « les ingrédients de la recette » d’un processus d’individuation à travers 4 dimensions :

  • Démasquer la persona et les jeux de l’ego pour passer du moi au Soi.
  • Les symboles, les archétypes, les mythes et les images sont les langages du Soi.
  • Les synchronicités, les rêves et les rituels sont les médiateurs du Soi.
  • Apprivoiser ses ombres, intégrer son animusanima et harmoniser ses contraires pour réaliser la complétude de son être.

> Démasquer la persona et les jeux de l’ego pour passer du moi au Soi.

Persona, moi, ego, Soi … bienvenue à ces parties de nous. Prenons place et regardons les joyeusement défiler.

La persona est le masque social, le rôle, la partie de la personnalité qui permet de consentir à plusieurs accommodements par rapport à son identité pour s’adapter aux différentes situations sociales et satisfaire aux attentes réelles ou imaginaires des autres : la politesse, la fonction ou posture professionnelle, l’image sociale …

La persona est ce que quelqu’un n’est pas en réalité, mais ce que lui-même et les autres pensent qu’il est. La persona correspond au rôle social que chaque personne joue, tel un masque qui lui colle à la peau et dont il est difficile de se débarrasser. La persona doit être considérée comme un partenaire du moi, indispensable pour établir un lien avec le monde extérieur et organiser les relations. Elle est le costume que l’individu revêt, selon les circonstances, pour montrer son meilleur visage, cacher une faiblesse, affronter une difficulté, rendre une situation favorable.

Ce masque social peut être à l’avantage, mais aussi au détriment de la personne concernée. Quelques fois, la pression sociale est telle qu’elle l’oblige à se conformer à un rôle qui nuit (parfois gravement) à sa vérité profonde. Fort heureusement, beaucoup d’individus sont dotés d’assez de discernement et d’humour pour faire la différence entre leur rôle social et leur vie privée. Ils savent ce qu’ils sont au fond d’eux-mêmes et ils peuvent opérer relativement facilement une conversion du paraître à l’être.

La persona ne modifie en rien le Soi. Tel un acteur, il convient de savoir endosser le costume puis le laisser au vestiaire dès lors que la pièce est terminée et que nous rentrons chez nous. Quoi qu’il en soit, au cours du processus d’individuation, la persona se révèle et doit disparaître au profit du moi, étape importante permettant de cheminer vers le Soi.

Le moi est la partie consciente du psychisme qui représente l’identification de la personne avec son corps, ses expériences et ses souvenirs. L’ego est ce qui maintient conscient et aide à développer une personnalité individuelle originale, une identité. C’est aussi l’image positive que la personne a d’elle-même, ce qu’elle pense connaître, ce dont elle se sait ou se croit capable. Le moi est en général limité par les doutes, l’interdiction ou la culpabilité réprimée par l’inconscient.

L’excès d’ego nuit gravement à notre véritable essence. L’ego est fondamentalement le fruit de peurs infondées qui sont le produit d’un processus mental. Ce sont nos pensées qui nous amènent à nous prendre pour ce que nous ne sommes pas. Le mental cultive l’ego et le pousse à endosser des rôles. Notre ego s’attache à tout ce qui nous valorise mais qui n’est pas nous comme le paraître (les rôles que nous jouons) et l’avoir (nos possessions). À travers ce que nous désirons, nous cherchons inconsciemment à accroître notre sentiment d’identité. Nous désirons des choses pour tenter d’exister un peu plus grâce à elles. Les Bouddhistes disent de l’attachement qu’il est souffrance. Nous gagnons à nous libérer des attachements de l’ego. Il s’agit de lâcher nos fausses identités et de nous réunifier avec nous-mêmes.

Il s’agit de découvrir la valeur de notre être, indépendamment de ce que nous faisons ou de ce que nous possédons. Il s’agit d’apprendre non pas à nous oublier, mais à dépasser notre propre personne, pour être au service de plus grand que nous. Alors nous découvrirons la puissance de nos actes. Lorsque nous agissons en confiance, sans répondre à une motivation égotique ni servir un intérêt personnel, nos actes peuvent revêtir une puissance incroyable, presque surnaturelle. Comme si nous étions dotés d’un pouvoir dont nous n’avons pas le contrôle, un pouvoir dont nous ne serions que le vecteur. A la façon de la vague qui porte en elle la force de l’océan.

Dans son livre « Le jour où je me suis aimé pour de vrai » Serge Marquis met des mots sur nos maux en parlant de l’ego et de notre nature véritable.

Mais alors, comment considérer notre ego ? Comme un ami ou un ennemi ? Comme un serviteur ou un imposteur ? Le Je et les jeux de l’ego

Le Soi ou « archétype de la totalité » est le centre de notre psychisme. Il englobe conscient et inconscient. C’est la totalité des possibilités, la source des talents, l’instinct qui anime l’individu de plus en plus au cours de sa vie. C’est la part qui l’initie et qui le guide.

Le Soi est l’image archétypique du centre de la personnalité, réunissant la somme de ses données conscientes et inconscientes. Il est une sorte d’idéal à atteindre et qui donne du sens au chemin parcouru.

Carl Gustav Jung a emprunté le terme « Soi » aux textes indiens des Upanishads. Il équivaut sensiblement au mot sanskrit Atman (souffle, principe essentiel de vie, essence). L’Atman désigne l’individu dans sa vérité profonde, subtile et spirituelle, dont le moi n’est qu’une enveloppe, une cristallisation.

Le Soi est au-delà du moi conscient. Plus que de chercher à le définir, il s’agit de le vivre à travers le processus d’individuation. Comme le dit Carl Gustav Jung en se référant au Grand Œuvre des alchimistes, « c’est l’expérience vécue, et non les livres, qui conduit à la compréhension ».

Il s’agit de mourir à un certain état pour renaître un nouvel état, plus évolué, plus conscient, plus éveillé. Relier le moi au Soi est une démarche personnelle délicate, qui demande une énergie considérable, le Soi obligeant sans cesse le moi à se dépasser à travers de nouvelles prises de conscience.

Le moi s’éclaire à la lumière du Soi. Il s’agit donc d’habiter son moi et de cheminer vers le Soi, en veillant à ne pas les confondre.

L’expérience directe … sinon rien. Nous ne pouvons rien dire de l’archétype du Soi, nous pouvons juste en faire l’expérience, l’éprouver et, de là, en poser l’existence. Il s’agit de ne pas confondre croyance et expérience. Toute croyance peut être discutée, réfutée ou considéré comme illusoire, mais pas une expérience. Toute expérience est éminemment subjective et en cela elle n’est pas discutable. L’expérience vécue ne nous fait plus dire « je crois » mais « je sais ».

> Les symboles, les archétypes, les mythes et les images sont les langages du Soi.

Si nous sommes bien obligés d’utiliser des mots pour définir les symboles, les archétypes et les images, Carl Gustav Jung nous rappelle qu’ils sont insuffisants, seulement complémentaires, car la compréhension de ces notions passe avant tout par l’expérience directe.

* Les symboles.

Énergie pure, les symboles donnent lieu à la révélation de quelque chose de caché et de fortement numineux. Ils participent au processus d’individuation et peuvent être considérés comme une passerelle entre l’homme et le divin.

Les symboles constituent une énergie puissante dans laquelle le moi peut puiser pour s’acheminer vers le Soi. C’est par les symboles que les contenus de l’inconscient peuvent être assimilés par le conscient.

Les symboles sont compris comme l’expression des rythmes et des mouvements les plus profonds de la vie psychique et spirituelle. D’un côté, ils produisent une image dans la conscience. De l’autre, ils sont les révélateurs de l’inconscient collectif et renvoient à un archétype.

Quand le sens d’un symbole est universel, celui-ci devient un archétype

* Les archétypes.

Les archétypes peuvent être comparés à des « motifs vides » ou à des « toiles de fond » qui peuvent prendre différentes formes lorsqu’ils passent de l’inconscient collectif à la conscience.

Carl Gustav Jung définit les archétypes comme des « centres énergétiques » relativement délimitables de l’inconscient collectif, qui donnent lieu à plusieurs possibilités de représentation. Il n’y a pas de figure définie des archétypes. Ils sont des cadres vides qui commencent à vivre dès lors qu’ils sont touchés par une énergie psychique et qui vont évoluer selon les époques, les cultures et les modes de vie.

Si l’archétype est un cadre vide, il peut se remplir d’images collectives et de symboles anciens pour exprimer et révéler une problématique individuelle. D’après Carl Gustav Jung, un archétype devient actif et se fait choisir quand un certain manque dans la sphère consciente demande une compensation de la part de l’inconscient.

* Les mythes.

Au contraire des archétypes vides de représentation et particulièrement difficiles à définir avec des mots, les mythes sont riches d’images, de mots et de symboles, principalement autour des dieux et des héros.

Si l’archétype est la trame de l’histoire, le mythe en est le contenu. Un mythe représente un formidable pont entre conscient et inconscient. Il a une mission révélatrice : il invite à découvrir ce qui existe déjà dans l’être humain.

* Les images (imago).

L’image ou imago est une représentation visuelle ou mentale d’un objet, d’un être vivant ou d’un concept. L’image est antérieure aux mots qui induiront la parole.

Avec le terme imago, Carl Gustav Jung désigne une représentation psychique qui se construit à partir de l’expérience vécue et qui oriente la conduite et le mode d’appréhension d’autrui par un individu.

Une image peut concerner tout aussi bien un individu qu’une communauté. Dans ce cas, elle participe à la physionomie générale de la culture à un moment donné de son histoire, constituant sa conscience collective et inspirant toute une série d’élaborations d’ordre intellectuel, artistique ou religieux.

> Les synchronicités, les rêves et les rituels sont les médiateurs du Soi.

Les symboles, les archétypes, les mythes et les images représentent des langages permettant une forme de communication en créant un lien entre les individus. Ils surgissent à travers les médiateurs que sont les synchronicités, les rêves et les rituels.

* Les synchronicités.

Une synchronicité correspond à l’occurrence d’au moins deux événements qui ne présentent pas de lien de causalité entre eux, mais dont l’association revêt un sens pour la personne qui les vit.

Chaque synchronicité est une opportunité de mettre du sens et par là-même de la conscience. Si elle est considérée avec attention et intention, elle contribuera à éclairer un peu plus notre chemin intérieur.

Une synchronicité renvoie à un principe purement créatif et mystérieux, qui semble rattacher le psychisme humain à une trame universelle.

* Les rêves.

Le contenu et la structure des rêves échappent à la loi de causalité et ni l’espace ni le temps n’y ont de valeur.

« Les rêves peuvent renfermer des vérités inéluctables, des déclarations philosophiques, des illusions, de violents fantasmes, des souvenirs, des projets, des anticipations, des expériences irrationnelles, voire des visions télépathiques et Dieu sait quoi d’autre encore. »

Carl Gustav Jung

Il n’existe pas de méthode scientifique universellement valable pour cataloguer les rêves. Un rêve n’est porteur de sens qu’avec la collaboration du rêveur, dans un contexte qui lui est propre. Seul le rêveur est capable de savoir ou de sentir si un rêve est significatif pour lui ou pas.

La forme symbolique floue et ambiguë d’un rêve est porteuse d’informations libératrices pour celui qui sait les déchiffrer. Tantôt le rêve est réactif et intervient comme un défoulement ou comme la libération de traumatismes violents. Tantôt le rêve est prospectif et se présente sous la forme d’une anticipation, dans l’inconscient, d’une activité consciente à venir.

Un rêve interprété remplit pour le sujet sa fonction de révélation à soi-même. Le rêve apparaît comme un contrepoids de l’inconscient, qu’il convient de considérer comme une expression de l’autorégulation psychologique du rêveur.

* Les rituels.

Les rituels nous accompagnent dans notre transformation intérieure (ésotérique) pour vivre harmonieusement le changement extérieur (exotérique) d’un monde en perpétuel mouvement.

Notre transformation intérieure requiert un passage de l’intelligence spéculative à l’intelligence perceptive. Dans notre univers hyper-rationalisé, la grande valeur des rituels est qu’ils se vivent et ne se pensent pas. Les rituels résonnent et ne se raisonnent pas : ils nous permettent de sortir de l’intellectualisation forcée de la pensée pour être dans le corps, dans la présence, dans le “ici-et-maintenant”.

Les rituels permettent également d’exprimer et de libérer l’angoisse humaine devant les changements et de canaliser les émotions en renforçant le lien social.

Les rituels sont des activateurs de transformation intérieure pour un changement extérieur.

> Apprivoiser ses ombres, intégrer son animusanima et harmoniser ses contraires pour réaliser la complétude de son être.

* Apprivoiser ses ombres.

Rendre l’ombre consciente est une étape incontournable d’un processus d’individuation.

Nos ombres sont les parties de nous qui ont été refoulées dès notre enfance, par souci d’adaptation, par crainte de nous voir rejeté par les personnes importantes de notre écosystème relationnel. Lors de la construction de notre persona, nous avons refoulé dans notre inconscient ces parties de nous qui ne nous paraissaient pas acceptables par notre entourage et qui sont devenues des ombres. Un garçon qui ne se permet pas de montrer sa tristesse exprimera par exemple de la colère. Ce sont aussi des attitudes, des conduites vues comme originales, ou même des habilités ou des qualités morales. L’ombre devient ainsi notre part secrète, voire inconnue, refoulée, reniée et mal-aimée, tout ce que nous ne nous autorisons pas, ni à nous-même, ni aux autres. L’ombre correspond au personnage de l’ennemi, à tout ce qui nous fait peur et qui fait que nous ne dépassons pas ce que nous pensons être nos / des limites.

Pour le dire autrement, l’ombre représente ce qui est réprimé, déprécié ou caché par la persona. Par exemple, un individu doté de qualités artistiques dépréciées par son entourage ne les cultivera pas et elles demeureront primitives dans son ombre. L’ombre peut représenter ce qui n’a pas été choisi parmi les possibilités de tempérament. Ainsi, si un individu est introverti et réflexif dans la persona, il est extraverti et sentimental dans son ombre.

Tantôt il faut résister à l’ombre, tantôt il faut y céder. Le tout est de la reconnaître et de ne pas l’ignorer.

L’ombre désigne une partie de la personnalité inconsciente, mais pas la totalité. Elle procède autant de l’inconscient personnel que de l’inconscient collectif.

Apercevoir son ombre, c’est identifier ce que nous considérons être des défauts ou des tendances inavouables. Des défauts et des tendances que nous repérons d’ailleurs très facilement chez les autres mais que nous refusons de reconnaître chez nous, comme par exemple l’égoïsme, l’avarice, la paresse, la lâcheté, l’indifférence, le manque de compassion, la tendance à être esclave des biens matériels, à être dans le déni, à mentir, à manipuler, etc.

Un excellent indice de la présence de l’ombre à l’intérieur de nous est la colère qu’une remontrance faite par un proche est susceptible de susciter en nous. Une autre façon de repérer l’ombre en nous-mêmes est de nous mettre à l’écoute des messages de nos rêves, ou encore de nos réactions à une situation ou un événement qui vient nous perturber. L’ombre peut se déceler dans l’omission, tout comme dans l’acte impulsif comme par exemple une remarque blessante faite sans être souhaitée consciemment.

Plutôt que d’accuser les autres d’avoir tort et de nous en convaincre, nous ferions mieux de reconnaître en eux nos propres ombres et parfois même de les aimer à travers eux.

« Ce n’est pas en regardant la lumière que nous devenons lumineux, mais en plongeant dans son obscurité. Un homme qui n’a pas traversé l’enfer de ses passions ne les a pas non plus surmontées. Elles habitent alors dans la maison voisine et, sans qu’il y prenne garde, une flamme peut en sortir qui attendra aussi sa propre maison. Si nous abandonnons, laissons de côté et oublions à l’excès, nous courons le danger de voir reparaître avec une violence redoublée tout ce qui a été laissé de côté ou abandonné. »

Carl Gustav Jung

Si vous souhaitez renforcer votre capacité à apprivoiser vos ombres, je vous recommande la lecture de l’ouvrage de Jean Monbourquette « Apprivoiser son ombre : le côté mal aimé de soi. »

* Intégrer son anima ou son animus (c’est selon).

Carl Gustav Jung a défini l’anima comme la personnification de la nature féminine dans l’inconscient de l’homme et l’animus comme la personnification de la nature masculine dans l’inconscient de la femme.

Ce sont deux archétypes fondamentaux représentant deux fonctions différentes : l’aspect logos (esprit, volonté engagement, autorité, combativité, puissance, verbe), typiquement masculin et l’aspect éros (émotions, sentiments, tendresse, sensibilité, intuition) typiquement féminin, qui ont des répercussions sur la vie émotionnelle de chacun.

Au cours de son processus d’individuation, un homme doit intégrer son anima (sa part féminine) dans son énergie masculine et une femme doit intégrer son animus (sa part masculine) dans son énergie féminine. Il s’agit de faire danser ces énergies ensemble.

L’animus et l’anima sont les gardiens du Soi.

* Harmoniser les contraires en soi.

Pour reprendre une expression que j’entends beaucoup, il ne faut pas se mentir, nous sommes à la fois lumière et ombre, puissance et vulnérabilité. Lorsque nous faisons le choix conscient et courageux d’arrêter de nous mentir et de mentir aux autres, nous devenons capables de regarder nos contraires en face. Nous nous rendons prêts, par exemple, à expérimenter le pouvoir de la vulnérabilité.

« Il existe un bénéfice extraordinaire à développer l’aptitude à être à la fois vulnérable et puissant : le pouvoir relié à la vulnérabilité ne peut plus devenir tyrannique, la vulnérabilité reliée au pouvoir met un terme à notre carrière de victime. »

Véronique Brard « Coacher par les énergies » sous la direction de Jean Marc Parizet

Harmoniser les contraires en soi, c’est « citrinas », l’œuvre au jaune des alchimistes.

Les alchimistes savent bien qu’avant de pouvoir matérialiser l’esprit, il convient de spiritualiser la matière. Le Petit Œuvre (nigredo et albedo) précède le Grand Œuvre (citrinas et rubedo). Les alchimistes, dont le but est la Sublimation, s’attachent à transformer le plomb en or dans le secret de leur athanor. L’or recherché étant l’Être intérieur, l’Être authentique, l’Être essentiel, l’Être universel. C’est le cheminement de l’esprit vers le Soi : la quête de l’Homme Total, de l’Anthropos que Carl Gustav Jung nomme le Soi.

La solution qui naît de la coopération entre inconscient et conscient, grâce aux symboles unifiant, est ressentie par le sujet comme un moment de grâce. L’accueil inconditionnel, l’acceptation totale, succède au combat. Seul l’amour peut permettre cette réconciliation. C’est dans l’amour que les contraires entrent en connivence et en complémentarité, même si l’homme, en tant que partie, ne pourra jamais vraiment comprendre le Tout. L’amour est le grand mystère qui exprime tout, supporte tout, excuse tout, comprend tout, inclut tout.

C’est dans cette véritable conjonction à lui-même et à tout l’Univers, que l’individu atteint la complétude à laquelle il aspirait. Il a réalisé son Soi, il est pleinement lui-même tout en étant pleinement relié aux autres et à tout ce qui est. Il est individué et peut donc tenir sa place et jouer sa partition, de la manière la plus harmonieuse possible, dans la grande symphonie de la vie.

La pratique du Dialogue Intérieur peut être aidante dans ce cheminement qui conduit à la complétude de l’être dans la mesure où cette pratique nous permet de développer un moi conscient en écoutant et en apprivoisant nos sous-personnalités archétypales, en particulier celles que nous renions et nos parties contraires.

En guise de conclusion inachevée … un Voyage du Héros pour réenchanter le monde.

Et si je vivais mon processus d’individuation à la façon d’un Voyage du Héros ?

Anthropos : l’archétype du héros, de l’homme accompli.

Le Voyage du Héros peut s’exprimer de multiples façons et en même temps tous les voyages possèdent en commun une même structure en 7 étapes (pour faire simple) :

  • Entendre l’appel (un « appel à l’action » ou un « appel à l’aventure ») et parfois refuser l’appel.
  • Répondre à l’appel et franchir le seuil.
  • Trouver des alliés.
  • Affronter les difficultés (nos démons intérieurs, nos ombres, nos ténèbres).
  • Développer de nouvelles ressources (un soi intérieur).
  • La transformation (la guérison de nos blessures) et la réalisation de la tâche pour laquelle nous avons été appelé.
  • Le retour chez soi avec le don.

Je développerai ces 7 étapes dans un autre article spécifiquement consacré au Voyage du Héros selon la vision de Joseph Campbell. Si vous avez envie d’en savoir plus, je vous recommande de visionner un documentaire (durée 1h20) sur Joseph Campbell intitulé « Finding Joe » qui présente de façon pédagogique et poétique le Voyage du Héros. Des sous-titres en français sont désormais disponibles pour les non anglophones.

Je me plais à vivre mon processus d’individuation comme un Voyage du Héros et à le considérer comme une invitation à prendre et à vivre ma place au sein de l’Univers.

En résonance avec cette invitation, je me remémore régulièrement ce qu’a écrit Marianne Williamson dans son ouvrage « A return to Love » sur notre peur la plus profonde.

« Nous nous posons la question « Qui suis-je moi, pour être brillant, radieux, talentueux et merveilleux ? » En fait, qui êtes-vous pour ne pas l’être ? Vous êtes un enfant de Dieu. Vous restreindre, vivre petit, ne rend pas service au monde. L’illumination n’est pas de vous rétrécir pour éviter d’insécuriser les autres. Nous sommes nés pour rendre manifeste la gloire de Dieu qui est en nous. Elle ne se trouve pas seulement chez quelques élus. Elle est en chacun de nous. Au fur et à mesure que nous laissons briller notre propre lumière, nous donnons inconsciemment aux autres la permission de faire de même. »

Marianne Williamson

Une sentence qu’Aristote n’a (presque) pas dite m’inspire également : « Là où vos talents rencontrent les besoins du monde, là est votre vocation. » Une sentence parfaite ? Oui, sauf qu’Aristote ne parlait pas du concept de vocation. C’est Augustin, sept siècles après Aristote, qui a parlé d’une âme susceptible de répondre librement à un appel du divin. Les Grecs anciens concevaient l’homme comme un sujet traversé par les forces cosmiques. Pour Aristote, il n’y avait donc pas d’appel du divin, ni de destin qui dirigeait l’homme, mais plus simplement une aspiration au bonheur (« eudemonia » en grec parfois traduit par épanouissement). Cette quête d’un bonheur lié à la réalisation de nos potentialités pourrait paraître de prime abord égoïste mais il n’en est rien.

L’homme possède une nature en puissance qu’il s’agit pour lui de réaliser, un potentiel qui doit s’actualiser. Aristote considère ce que désire l’homme et ce que requiert le monde. Selon lui, la cité est le lieu où l’homme trouve à réaliser son humanité et peut accéder à la vertu d’homme de bien. C’est dans la rencontre avec les autres que notre propre existence prendre forme. C’est en désirant ce qui est bon pour nous-même et pour les autres que nous prenons soin de notre accomplissement. Selon Philippe Nassif (écrivain français), Aristote aurait pu dire « là où les possibles du monde permettent d’actualiser jusqu’à l’excellence les puissances en l’homme, là est notre fin, c’est-à-dire notre bonheur. »

Et si mon Voyage du Héros contribuait à réenchanter le monde ?

Avec persévérance et humilité, je fais le choix conscient et courageux d’explorer et de développer ma présence au Soi. Pour le dire autrement, travailler à mon perfectionnement, c’est œuvrer à la désidentification de mon moi.  C’est explorer et découvrir le Soi, non pas « mon » Soi mais le Soi : la Pure Conscience, la dimension non personnelle et universelle de l’Être, la source d’Amour infini d’où émergent les guérisons … l’État Primordial.

Lorsque je médite, comme le recommande Thierry Janssen, je pratique de courtes plongées dans le silence intérieur. Quand je me tais suffisamment fort à l’intérieur de moi, il se passe quelque chose. Je ne suis plus limité par mes cinq sens et je passe d’une perception de la réalité dite ordinaire à la perception d’une réalité dite non ordinaire. Grâce à une respiration consciente, je sors du plan mental et je peux traverser un voile de perception de l’autre côté duquel la vie se révèle comme une unique Présence intime, intelligente et commune à tous. Si tout mon mental s’efface, l’esprit est présent et mon cœur ouvert. Lorsque je suis connecté à mon centre, je suis dépositaire d’une clé qui ouvre les portes de la perception. Le groupe de musiciens The Doors (« the doors of perception ») m’invitait déjà à sa façon à « rider on the storm ». Clé en main, je quitte l’illusion profane du temps linéaire (Chronos) et j’entre dans le temps sacré cyclique (Aiôn) et le temps juste (Kairos). Je peux expérimenter la plénitude du vide et me connecter sur d’autres plans, dans d’autres mondes, à d’innombrables relations (énergies subtiles). Je suis au centre de tout et tout est le centre. Je suis le Tout. Je suis Un. Je suis dans l’Absolu de moi-même. Je suis.

Ce triple lien au Vivant en moi, au Vivant qui m’entoure et à plus grand que moi est une expérience rayonnante qui révèle mon Être authentique. L’éternité est contenue dans le moment présent. J’ai conscience que mon corps physique est simplement un véhicule pour la manifestation de la Présence. Lors de mon initiation ultime, à l’occasion de ce passage qu’est la mort, je n’emporterai qu’une richesse immatérielle constituée d’impressions et d’apprentissages. Aucunes possessions matérielles. J’imagine qu’à l’heure de ce grand passage initiatique, cette question me sera posée : « Au cours de cette incarnation, qu’as-tu fait pour toi et pour les autres ? » Pour le dire plus simplement encore : « Comment as-tu aimé ? »

Être en conscience, c’est être présent à ce qui se passe ici et maintenant. C’est l’observation de nous-même. Dans la réceptivité de ce qui est. Victor Hugo disait : « La conscience, c’est Dieu présent dans l’homme. »

C’est en contemplant la Nature qui l’entoure et l’Univers qui le dépasse que l’homme se rencontre lui-même et laisse progressivement se révéler à lui Le Grand Mystère de la Vie.

Pour réaliser notre vraie nature, il nous appartient de faire l’expérience que nous ne faisons qu’un avec le Tout et de ressentir notre essence divine, cette unité fondamentale intérieure cachée dans un lieu sûr et sacré, dans notre centre symbolique, au cœur du Soi.

En se coupant de la nature, l’homme moderne se prive de son lien le plus vital avec le monde, celui qui a structuré sa psyché depuis des millénaires. Avant que l’homme ne migre dans les grandes villes et ne se pose consciemment comme distinct de la nature, comme maître et possesseur de celle-ci pour reprendre l’expression de René Descartes, la nature n’était pas un simple environnement pour l’être humain : elle était vécue, expérimentée, intériorisée. Elle faisait partie de lui comme il faisait partie d’elle.

« Les pierres, les plantes, les animaux ne parlent plus à l’homme et l’homme ne parle plus aux animaux en croyant qu’ils peuvent l’entendre. Son contact avec la nature a été rompu et avec lui a disparu l’énergie affective profonde qu’engendraient ces relations symboliques. »

Carl Gustav Jung

Pour qualifier cette rupture entre l’homme et la nature, qui est comme un sacrifice de l’intériorité au profit de l’extériorité, un éloignement du cœur et de l’imaginaire au profit de la raison, le sociologue Max Weber parlait de « désenchantement du monde ». Carl Gustav Jung appelle à un « réenchantement du monde » par la capacité à nous relier aux autres espèces vivantes et à ressentir dans toutes les dimensions de notre être (corps, cœur, imaginaire, pensée) notre appartenance au cosmos.

C’est tout le domaine de l’Univers qui est proposé à nos investigations. A ce sujet, Nikola Tesla (inventeur et ingénieur américain d’origine serbe) disait « Si vous voulez trouver les secrets de l’Univers, pensez en termes d’énergie, de fréquence, d’information et de vibration. »

Énergie Fréquence Information Vibration … un peu de lumière sur l’État Primordial.

L’État Primordial est du domaine du ressenti. Nikola Tesla (encore lui) disait « Mon cerveau n’est qu’un récepteur. Dans l’Univers il y a un cœur duquel on obtient la connaissance, la force et l’inspiration. Je n’ai pas pénétré dans les secrets de ce cœur, mais je sais qu’il existe. »

Individuellement et collectivement, nous faisons aujourd’hui l’expérience que l’appauvrissement de la vie intérieure au profit de la réussite extérieure est lourd de conséquences.

Les crises écologiques, sociales et sanitaires que nous vivons actuellement nous rappellent qu’il y a quelque chose de plus grand que nous et que nous pouvons nous mettre au service de ce qui prend soin de nous plutôt qu’au service de quêtes vaines, toutes globalement centrées sur l’argent.

La solution est avant tout intérieure et individuelle. La redécouverte de son âme et la mise en œuvre du processus d’individuation constituent des réponses adaptées au mal qui ronge l’être humain et le monde d’aujourd’hui.

Comme le dit Marine Simon « Tout tourne rond sur cette Terre et nous sommes les seuls à l’ignorer. »

Il s’agit de réapprendre à prendre soin de ce Vivant en nous et tout autour de nous, à prendre soin de notre Terre intérieure et de notre Terre Mère un peu à la façon des Peuples Racines.

Au cours de leurs réflexions communautaires, les Peuples Racines consultent les esprits de la Nature et chargent un membre de leur communauté d’être le représentant de la voix de la septième génération à venir pour évaluer les conséquences sur le long terme des décisions à prendre. Les Peuples Racines décident en lien avec le « temps long », celui des 7 générations à venir. Ils raisonnent à 200 ans et pas au trimestre comme certaines organisations cotées en Bourse.

Le processus d’individuation est une voie d’exploration et de matérialisation de notre Être authentique. Soyons des cherchant parce que si nous ne cherchons pas, nous ne trouverons pas. Soyons sceptiques et choisissons d’éprouver par nous-mêmes toute vérité qui nous est proposée. Expérimentons ! Expérimentons encore et encore ! Si nous ne faisons pas nos propres expériences, nous resterons dans le cognitif, le savoir, la connaissance (avec un « c » minuscule). Il s’agit bien d’expérience intérieure, de vivre un ressenti, subjectif et initiatique, parce que notre vie ne sera plus la même. L’important n’est pas ce qui nous arrive mais ce que nous choisissons de faire de ce qui nous arrive. Nous pouvons vivre une expérience initiatique mais si elle ne change rien à notre vie, alors elle n’aura pas d’intérêt.

L’expérimentation directe est le chemin le moins fréquenté. C’est un chemin qui demande du courage (d’avoir le cœur en action), de la persévérance et de l’humilité. Le mystique est humble. Le psychotique est mégalo. L’aventure continue… Banzaaaaaaaaaaiiiii !!!

Pour écrire cet article, je me suis beaucoup inspiré du livre de Frédéric Lenoir « Jung, un voyage vers soi. » Je vous recommande l’interview de Frédéric Lenoir par Fabrice Midal (durée 47 minutes).

« Il y a aussi l’idée qu’il faut s’appuyer sur ses ressources lumineuses. Le Soi est le moteur de tout. C’est parce que nous avons cette puissance spirituelle en nous, cette énergie vitale, cette puissance d’être, qu’il faut s’appuyer dessus pour traverser nos ombres. D’une certaine manière, nous pourrions dire que Jung est le père du développement personnel et de la psychologie positive dans le sens précis où il nous dit que la psychothérapie n’est pas là que pour nous aider à guérir de toutes les souffrances du passé, elle est là aussi pour nous aider à nous accomplir, à nous développer, à grandir en tant qu’êtres humains. Quand j’ai compris ça, ça a changé ma vie. »

Frédéric Lenoir interviewé par Fabrice Midal au sujet son livre « Jung, un voyage vers soi. »
Si cet article vous a plu, je fais l’hypothèse que vous apprécierez également ceux qui suivent car ce sont de véritables Voyages du Héros que d’oser aller à la rencontre de qui vous êtes véritablement, de surfer votre vie, de tomber le masque et l’armure, de renforcer votre sécurité intérieure, de vivre votre souveraineté personnelle et votre légende personnelle, de renforcer votre tranquillité d’être en développant votre confiance en vous, votre estime de vous et votre amour de vous.
Osez vivre intensément l’expérience du Voyage du Héros, encore et encore !
Osez surfer votre vie !
Osez vivre votre ministère mystérieux !
Osez tomber l’armure comme « Le chevalier à l’armure rouillée » de Robert Fisher !
Osez renforcer votre Axis Mundi grâce à votre Arbre de Vie !
Osez vivre votre Souveraineté Personnelle et votre Légende Personnelle !
Osez cheminer vers votre tranquillité d’être en développant votre confiance en vous, votre estime de vous et votre amour de vous !
Et vous, où en êtes-vous de votre processus d’individuation ? Vous avez avancé sur votre chemin intérieur de complétude, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie ou pas du tout ?
Vos commentaires et retours d’expériences sont les bienvenus dans l’onglet en bas de cet article.
Vous souhaitez en savoir plus sur ma pratique de l’accompagnement existentiel ? Vous souhaitez savoir comment je peux vous accompagner sur votre chemin de complétude ? Sentez-vous libre de prendre contact avec moi pour échanger à ce sujet.
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Crédit photo : Sergey Milchenko – Les Lapidiales – 17350 Port d’Envaux

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Laurent Claret

 

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7 Commentaires

  1. Anwen

    Bonjour,
    La « transformation », écrit Carl Gustav Jung, est un miracle qui ne peut s’accomplir sans l’aide de « Dieu » (Mysterium conjunctionis, tome II).
    « Alors, soudainement, à son heure, Dieu vient. Cette expérience capitale est une perception certaine, immédiate, de Dieu. La certitude absolue se fait jour que l’on n’est pas seul au dedans de soi. Il semble que, sur tous les points, on se sente en contact avec un être de même nature, sympathique, incommensurablement plus sage, stable et désintéressé. C’est une impression analogue, mais plus complète et plus intime, à celle que l’on éprouve aux côtés d’une personne tendrement aimée et en qui l’on a une entière confiance. » (H. G. Wells, Dieu, l’invisible Roi).
    Nous retrouvons cette analogie dans le thème du « compagnon de route », à l’instar du personnage appelé El-Khidr que Moïse rencontre au cours de son voyage, et dont l’histoire est relatée dans la sourate 18 du Coran.
    Dans la Bhagavad-Gîtâ qui est la partie centrale du poème épique Mahâbhârata, nous voyons Krishna et Arjouna représentés comme « montés sur un même char ». Ce « char », et quelques fois « chariot », est ce véhicule qui apparaît, entre autres, dans le récit biblique a propos du prophète Elie, d’Hénoch ou dans le « Currus triumphalis Antimonii » de Basile Valentin.
    Toutes les initiations, toutes les doctrines mythologiques, ne tendaient qu’à alléger l’âme du poids de la matière, à l’épurer, à l’éclairer par l’irradiation de l’intelligence, afin que, désireuse des biens spirituels et s’élançant hors du cercle des générations, elle pût s’élever jusqu’à la source de son existence. C’est la parabole de l’enfant prodigue, parcours d’un être singulier accédant après diverses épreuves à sa dignité et à sa liberté en renouant avec sa filiation divine ; aventure de l’Âme venue ici-bas, qui se grise et s’éparpille parmi les plaisirs de l’existence terrestre, puis se réveille et entreprend de retourner à l’éternelle demeure, berceau lumineux où Elle recouvre sa splendeur.
    Lien : https://livresdefemmeslivresdeverites.blogspot.com/
    Cordialement.

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  2. Mouttet Antoine

    Bonjour
    J’avais commencé à lire « Métamorphoses de l’âme et de ses symboles », j’ai abandonné à un tiers du livre car compliqué pour moi, je suis en train de lire  » Dialectique du Moi et de l’inconscient » ou j’ai découvert donc « la personna, le Moi, l’anima et l’animus et le soi ». En faisant des recherches pour mieux comprendre ces termes chez Jung, j’ai découvert votre site …. tout m’a éclairé , c’est vraiment compréhensible pour le néophyte que je suis et je en remercie beaucoup.
    Pourriez-vous m’indiquer, d’après-vous, dans quel ordre lire C.G Jung … j’ai en attente « Psychologie de l’inconscient, Les racines de la conscience, l’Âme et la vie » … je vais continuer « Dialectique du Moi » et je compte reprendre » Métamorphoses de l’âme » avec plus de convictions.
    Quoiqu’il en soit merci beaucoup .. très instructif ….
    Cordialement

    Antoine Mouttet

    Réponse
  3. Roullier Arduin Guilaine

    Bonjour Laurent,
    Waouh quel article puissant tu nous offres. j’ai beaucoup lu sur le sujet et je trouve ton approche très claire, limpide et abordable pour mieux comprendre le processus d’individuation. Je te remercie sincèrement pour ce travail de synthèse admirable ,
    Lorsque tu parles du temps : Chronos, Aion et Kairos, j’ai pensé à l’excellent livre de Philippe Guillemant « Le grand virage de l’humanité » que tu connais sans doute déjà.

    Bon voyage ‘héros »
    Guilaine Roullier Arduin

    Réponse
    • Laurent Claret

      Les propos de Philippe Guillemant sur la conscience, les synchronicités … pour partie me plaisent (j’en ai la conviction depuis de nombreuses années) et pour partie m’intriguent (comment le prouve t’il scientifiquement ?).

      Voilà ce que je retiens de sa récente interview dans la revue Yggdrasil (numéro 6) :

      « La conscience modèle nos lignes de temps dans le futur, en accordant plus de probabilité à certaines qu’à d’autres. Il s’ensuit une influence du futur sur le présent qui crée des synchronicités. (…) Selon la théorie de la double causalité notre futur serait déjà à réaliser, mais serait perpétuellement en train de se modifier sous l’influence de nos intentions et de nos observations. Le libre arbitre est remis en question. Nos intentions manifestées par l’amour, le don de soi et le détachement causent des effets dans le futur qui deviennent les futures causes d’un effet dans le présent. La conscience est à l’origine de la création de notre monde. (…) Le hasard n’existe pas, c’est juste une influence du futur. C’est la conscience qui intervient dans notre espace-temps pour apporter les informations complémentaires dont nous avons besoin pour éviter le hasard. (…) La joie de ressentir une nouvelle expérience à faire, une vraie envie de vivre. Si il me vient une idée qui me met en joie, cela veut dire que mon meilleur futur est en train de me parler. Je peux alors le vibrer, ce qui va ensuite l’attirer dans ma réalité via des synchronicités, de nouvelles intuitions ou opportunités.(…) Pour que cela marche, le plus important est de faire une demande, de poser une question précise. Il faut aussi développer l’authenticité, la joie, etc. c’est l’autre clé. Tout cela conduit à l’alignement. Ensuite, il faut attendre un certain temps. Et puis la réponse vient dans l’environnement. Il faut être à l’écoute mais sans que ce soit le mental qui écoute. Idéalement, il faut quasiment avoir oublié que tu as demandé. » Philippe Guillemant

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  4. Gaëlle

    Bonjour, je viens de découvrir cet article et je suis impressionnée par l’admirable synthèse que vous faites de ces différentes approches, la profondeur des citations comme la pertinence des ressources qui l’accompagnent .. et la lisibilité du « tout ». Merci de partager un tel travail 🙏🏻

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  5. Alex

    Bonjour, avez-vous accompli votre processus d’individuation (comment le considérez vous par rapport à la béatitude de Spinoza ou l’éveil des bouddhistes ?) Et si oui, comment y êtes vous parvenu ? Je crois beaucoup au bouddhisme et à la philosophie qui s’intéresse à l’accès au bonheur de l’Homme (ie: l’éthique de Spinoza)
    Super article qui synthétise bcp de mes lectures et observations et m’ouvre encore plus l’unité.
    Merci de votre réponse !

    Réponse
    • Laurent Claret

      Bonjour,
      Je suis en chemin … pas à pas, je fais de mon mieux.
      Ce que Jung propose avec le processus d’individuation, de nombreuses traditions et courants de pensées, comme le bouddhisme et Spinoza, invitent à ce cheminement à la rencontre de qui nous sommes véritablement.
      Bien à vous.

      Réponse

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