Puits initiatique de la Regaleira – Sintra – Portugal

La tradition dans un monde en mouvement.

Ceux que l’on appelle peuples premiers (peuples racines, autochtones, indigènes, natifs), comptent près de 400 millions de personnes répartis dans environ 70 pays et 5000 groupes différents. Ces peuples semblent posséder des réponses très actuelles à un monde en mouvement et à nos problèmes modernes. Lien à soi-même, lien à l’autre, lien à la nature, lien à la vie, au métier d’être un Homme sur cette terre et à l’art de vivre ensemble. Au sein de ces peuples premiers, les initiations traditionnelles permettent aux récipiendaires d’être accueillis tel qu’ils sont puis de déployer leurs talents et leurs capacités (souvent désignés sous le terme mal interprété de pouvoirs).

Chez ces peuples premiers, le chamanisme met en lien avec le vivant et le sacré. Il s’agit de (re)trouver cette part sacrée en nous et autour de nous. Dans le langage chamanique, les esprits sont les fréquences vibratoires présentes dans les quatre règnes : minéral, végétal, animal et humain. Ces esprits nous influencent et interagissent avec nous. Par exemple, les arbres, par leur verticalité, nous aident à être conscients de notre connexion entre la Terre Mère et le Ciel Père. Ils nous invitent à être ancrés, alignés et centrés sur notre axe (notre Axis Mundi). Là où nous voyons une hiérarchie pyramidale, certains peuples premiers (comme les indiens Hopi et Lakota d’Amérique du Nord, les indiens Kogi de Colombie, les guerriers Masaï du Kenya ou les nomades Mongoles), voient généralement une grande toile où chacun a sa place. Par un processus initiatique et un encadrement du collectif, chacun est rendu autonome et responsable de la juste tension de sa « part de toile », partie prenante de l’équilibre et de la solidité de l’ensemble. Il ne cherche pas comment « s’en sortir » mais plutôt à gérer la part qui lui incombe et ce, à l’intérieur d’un cadre gardé par des Sages, contenu dans la mémoire ancestrale fondée sur la connaissance des lois de la nature et de ce qui est plus grand que nous.

La roue de médecine amérindienne est comme une boussole intérieure, un outil d’introspection qui nous permet de trouver notre juste place dès lors que nous nous sommes placés énergétiquement au centre de la roue de médecine, connectés à toutes les directions dans notre horizontalité et notre verticalité. Entrer dans un cercle est un moment particulier, pour peu que nous acceptions l’idée de franchir la porte d’un espace sacré, ce qui nous place dans un état d’attention et de réceptivité.

Quel est le rôle des rites et des rituels ?

La place de chacun est importante chez les peuples premiers. C’est ce qu’ils appellent la médecine personnelle. Quand nous la découvrons, nous vivons en harmonie. Car cette place va de pair avec la notion d’être accueilli et accepté pour ce que nous sommes véritablement. Il n’y a plus à se battre pour exister. Il n’y a plus à lutter pour prendre sa place. Il est question d’être, de prendre toute sa place et rien que sa place.

Certains peuples premiers vivent encore dans la bio-abondance qui les rend libres alors que nous vivons dans la techno-abondance qui nous rend dépendants. Finalement, nous ne devenons véritablement libres qu’à partir du moment où nous comprenons que tout est connecté, que nous sommes reliés et que nous sommes interdépendants. La liberté, c’est l’expérience vécue de cette reliance à chacun instant. Les peuples premiers reçoivent de la nature un cadeau qu’ils entretiennent avec amour et responsabilité tandis que nous possédons un dû que nous exploitons à l’excès. Ils cultivent au quotidien la gratitude d’être en vie tandis que nous avons toujours plus de problèmes à résoudre qui obscurcissent nos cœurs et nos regards. Est-ce que l’homme s’accomplit dans un monde technologique en mouvement ou est-ce qu’il s’accomplit dans un monde où il se sent en mouvement et en harmonie avec son écosystème ?

Le mot rite provient du latin ritus qui signifie « ordonnance ». L’intention portée par un rite est celle d’une mise en ordre : un rite sert à structurer le temps, nos relations aux autres, au monde qui nous entoure et à plus grand que nous.

« Dans nos sociétés, on ne laisse pas des enfants naître, des couples se marier, des hommes et des femmes mourir sans chercher à donner sens à ce passage d’un état de l’être à un autre. » Jean Cuisenier, ethnologue et directeur de recherche au CNRS

Le rituel a pour fonction de manifester l’intention et il se fonde sur une attention. L’attention, individuelle ou collective, c’est se poser toujours la question : Que vais-je créer qui soit en accord avec le principe de vie et l’honore ? La vie est un miracle. La science nous le démontre chaque jour. Le monde qui nous entoure et qui est en nous-mêmes est en mouvement perpétuel. Le philosophe Henri Bergson disait que « si la vie n’était que reproduction, nous en serions restés au stade de l’amibe. » La vie est-elle un pur hasard heureux dont nous serions le produit accidentel doué d’intelligence ? Ou bien y a-t-il derrière tout cela une volonté consciente, une volonté de sens, dont nous serions un véhicule spirituel ?

Notre transformation intérieure requiert un passage de l’intelligence spéculative à l’intelligence perceptive.

La tradition est une voie vers l’unité. Selon la pensée chamanique, nous venons tous de la même source et tout ce que nous voyons dans la nature est en nous-mêmes. Nous avons l’impression d’être séparés de la nature parce que nous sommes incarnés dans un corps qui nous donne cette impression de dualité. Les rituels chamaniques permettent de nous reconnecter dans un état de conscience élargie, à nous-mêmes, aux autres, à la nature, à plus grand que nous, tout en travaillant notre relation à l’ego. Il s’agit d’explorer l’invisible et de faire l’expérience du Mystère, que nous l’appelions Dieu, Yahvé, Allah, Grand Architecte, Grand Horloger, Grand Compositeur, Grand Esprit, Wakan Tanka, Enk’Ai, Principe Créateur, Grand Mystère de la Vie … Dans notre monde agité, nous avons construit des lieux dans lesquels nous avons enfermé le sacré et nous avons développé un sentiment d’appartenance à telle ou telle religion qui nous a divisés au lieu de nous relier. Le rapport au sacré se traduit dans le rapport au vivant, fondé sur le respect de l’harmonie. Le sacré est en nous et tout autour de nous. Nous n’avons pas besoin de l’enfermer dans un édifice religieux.

Nous sommes plus grand que nous, plus grand que ce « Je » enfermé dans le filtre de l’ego. Dans un monde en mouvement, le culte occidental de l’intelligence spéculative nous pousse à posséder, à planifier, à contrôler, à faire mille et une choses en même temps, à nous projeter dans le futur, à nous inquiéter de ce qui pourrait arriver pour chercher à l’éviter. L’intelligence perceptive (l’intuition, l’inspiration, le Génie), c’est notre capacité à nous connecter à notre environnement, à nous fondre en lui pour en percevoir l’essence et la Force. Notre intelligence perceptive nous met en lien avec ce qui se passe ici et maintenant. Elle favorise le développement d’une hypersensibilité. Le contact avec la nature favorise grandement cette ouverture. Il suffit d’écouter la ville pour comprendre pourquoi nous nous fermons progressivement : c’est souvent malodorant, bruyant, dissonant. La ville nous pousse à fermer nos sens tandis que la nature avec ses couleurs, ses odeurs et ses bruits nous invite à les ouvrir à nouveau. Se mettre en silence et en écoute réceptive permet d’entrouvrir les portes de la perception et comme le disait William Blake, artiste peintre et poète, « si les portes de la perception s’ouvraient, toute chose apparaitrait à l’homme telle qu’elle est : infinie. »

Nous avons besoin de tradition pour pouvoir vivre dans un monde en perpétuel mouvement. Notre quête de l’harmonie universelle est une façon d’être au monde que la tradition nous permet d’expérimenter. Les rites et rituels nous accompagnent dans notre transformation intérieure (ésotérique) pour vivre harmonieusement le changement extérieur (exotérique) d’un monde en perpétuel mouvement.

En nous installant dans notre tête, nous nous sommes isolés du reste du vivant, nous nous sommes isolés de notre relation au monde. C’est une crise du lien que nous avons créé. Nous nous concevons comme des entités isolées alors que nous sommes des êtres de lien, de lien à nous-mêmes, aux autres, à la nature et à plus grand que nous. Nous avons abimé nos liens et nos racines. A nous de retrouver cette conscience que le vivant, celui qui anime nos corps, obéit à des lois qui maintiennent l’harmonie du monde.

Il ne s’agit pas de retourner à un mode vie sauvage. Il s’agit de réapprendre à nous laisser enseigner par ce qui est en nous, ce qui nous entoure et ce qui est plus grand que nous. Cette présence au monde dans l’instant crée en nous un état de conscience particulier. Vivre est un art. Les rites et rituels permettent de contre carrer la perte « d’ordonnancement » de notre mode de vie moderne. Au sein de cette toile universelle, prenons notre place, toute notre place et rien que notre place. Trouvons notre « médecine personnelle », ce pourquoi nous sommes ici sur terre. Prenons soin de notre lien à nous-même, du lien au collectif et du lien à plus grand que nous afin que l’Amour règne parmi les hommes.

« L’Amour est puissant parce qu’il sait qu’il est le désir de faire Un avec le Tout, avec l’arbre et le soleil, avec le Haut Pays universel. Lors d’une promenade, comment ne pas s’unir avec le papillon rencontré, avec la pierre sur laquelle il se pose et avec le monde qui les accueille et les embellit ? C’est cet appel de l’Être, tout autant que l’appel à être, qui nous motivent. » Alain Delourme, docteur en psychologie et écrivain

#OVPRitesRituels

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