« Connais-toi toi-même et tu connaitras l’Univers et les Dieux »

 

 

Carl Gustav Jung (psychiatre suisse un moment dauphin de Freud avant de s’en éloigner) avait une vision globale de l’individu. Il considérait l’inconscient comme positif car source du potentiel créatif de l’homme. Au fur et à mesure de ses travaux, il s’aperçoit de la récurrence dans les rêves ou délires de ses patients de certains motifs ayant existé à toutes les époques. Il élabore ainsi la théorie selon laquelle il existe un inconscient collectif qui rassemble les expériences humaines millénaires sous forme de thèmes symboliques universels : les archétypes. Ces archétypes seraient une expression métaphorique de notre structure profonde, des différents éléments de notre personnalité. Chargés d’énergie transformatrice, ils apparaîtraient notamment dans les rêves, lorsqu’un problème les met en action ou lorsqu’une situation psychologique doit évoluer.

Nos 5 principaux éléments archétypaux : la Persona, le Moi, l’Ombre, l’Anima & l’Animus et le Soi.

Pour Jung, l’inconscient personnel est composé de plusieurs éléments archétypaux, dont les cinq principaux sont la Persona, le Moi, l’Ombre, l’Animal Animus, et le Soi.

# La Persona :

La Persona est le masque social, le rôle, la partie de la personnalité qui permet de consentir à plusieurs accommodements par rapport à son identité pour s’adapter aux différentes situations sociales et satisfaire aux attentes réelles ou imaginaires des autres : la politesse, la fonction ou posture professionnelle, l’image sociale …

# Le Moi ou l’Ego :

Le Moi est la partie consciente du psychisme qui représente l’identification de la personne avec son corps, ses expériences, et ses souvenirs. L’Ego est ce qui maintient conscient et aide à développer une personnalité individuelle originale, une identité. C’est aussi l’image positive que la personne a d’elle-même, ce qu’elle pense connaître, ce dont elle se croit capable. Le Moi est en général limité par les doutes, interdiction ou culpabilité réprimée par l’inconscient, L’Ombre.

L’excès d’Ego nuit gravement à notre véritable essence. L’Ego est fondamentalement le fruit de peurs infondées qui sont le produit d’un processus mental. Ce sont nos pensées qui nous amènent à nous prendre pour ce que nous ne sommes pas. Le mental cultive l’Ego et le pousse à endosser des rôles. Notre Ego s’attache à tout ce qui nous valorise mais qui n’est pas nous : le paraître (les rôles que nous jouons), l’avoir (nos possessions). À travers ce que nous désirons, nous cherchons inconsciemment à accroître notre sentiment d’identité. Nous désirons des choses pour tenter d’exister un peu plus grâce à elles. Les Bouddhistes disent de l’attachement qu’il est souffrance. Nous gagnons à nous libérer des attachements de l’Ego. Il s’agit de lâcher nos fausses identités, de nous réunifier avec nous-mêmes. Il s’agit de découvrir la valeur de notre être, indépendamment de ce que nous faisons ou de ce que nous possédons. Il s’agit d’apprendre non pas à nous oublier, mais à dépasser notre propre personne, pour être au service de plus grand que nous. Alors nous découvrirons la puissance de nos actes. Lorsque nous agissons en confiance, sans répondre à une motivation égotique ni servir un intérêt personnel, nos actes peuvent revêtir une puissance incroyable, presque surnaturelle. Comme si nous étions dotés d’un pouvoir dont nous n’avons pas le contrôle, un pouvoir dont nous ne serions que le vecteur. A la façon de la vague qui porte en elle la force de l’océan.

Dans son livre « Le jour où je me suis aimé pour de vrai » Serge Marquis parle de l’Ego et de notre nature véritable.

# L’Ombre :

L’Ombre est la partie qui a été refoulé dès l’enfance, par souci d’adaptation, par crainte d’être rejetée par les personnes importantes de sa vie. Un garçon qui ne se permet pas de montrer sa tristesse exprimera par exemple de la colère. Ce sont aussi des attitudes, des conduites vues comme originales, ou même des habilités ou des qualités morales. L’Ombre devient ainsi la part secrète, voire inconnue et mal-aimée de l’individu, tout ce qu’il ne s’autorise pas ni à lui-même, ni aux autres. L’Ombre correspond au personnage de l’ennemi, à tout ce qui lui fait peur il fait qu’il ne dépasse pas ses limites. L’Ombre représente ce qui est réprimé ou déprécié par la Persona. Par exemple, un individu doté de qualités artistiques dépréciées par son entourage ne les cultivera pas et elles demeureront primitives dans son Ombre. L’Ombre peut représenter ce qui n’a pas été choisi parmi les possibilités de tempérament. Ainsi, si un individu est introverti et réflexif dans la Persona, il est extraverti et sentimental dans son Ombre.

Pour en savoir plus sur l’Ombre, je vous recommande l’ouvrage de Jean Monbourquette « Apprivoiser son Ombre : le côté mal aimé de soi. »

# L’Anima & l’Animus :

L’Anima est, pour un homme, sa femme intérieure, sa partie féminine, sa sensibilité, son émotivité. L’Animus est, pour la femme, son homme intérieur, sa partie masculine, sa force, son initiative, son courage. L’Animus et l’Anima sont les gardiens du Soi.

« L’Anima est la source d’humeur et de caprices, l’Animus est à la source d’opinions et de même que les sautes d’humeur de l’homme procèdent d’arrière-plans obscurs, les opinions acerbe et magistrales de la femme reposent tout autant sur des préjugés inconscients et des a priori. » Carl Gustav Jung « Dialectique du Moi et de l’inconscient »

 

# Le Soi :

Le Soi ou « archétype de la totalité » est le centre du psychisme. Il englobe conscient et inconscient. C’est la totalité des possibilités, la source des talents, l’instinct qui anime l’individu de plus en plus au cours de sa vie avant de décliner lors de son vieillissement. C’est la part qu’il initie et qui le guide.

La pratique du Dialogue Intérieur nous permet d’apprivoiser nos Archétypes, nos sous-personnalités.

L’individuation : un processus en 5 étapes.

Selon Carl Gustav Jung, le processus d’individuation consiste à équilibrer ces archétypes, à permettre à tous ces éléments de l’Être : Persona, Ego, Ombres, Anima & Animus, d’exister individuellement à l’intérieur du Soi.

En 1936 Jung fait un voyage en Inde où il découvre la mythologie hindoue. Durant une période où il souffre d’une dysenterie et approche la mort, il fait une série de rêves en rapport avec le Saint Graal. Il comprend dès lors que le concept de Soi, déjà élaboré plus tôt, devait se regrouper avec celui dans le sens de l’existence personnelle, représenté par le Saint Graal. D’une importance capitale dans son auto analyse, l’individuation devient pour lui un processus de confrontation à l’inconscient, vers un état d’équilibre psychique total au cours duquel les catégories du bien et du mal sont vaines. Il décrit l’individuation comme une quête solitaire apparentée à un processus de morts successives. Le développement et la réalisation de l’individu ne s’obtient qu’en résolvant les opposés, c’est-à-dire les contradictions inhérentes aux structures. Le Moi se déplace alors de son centre fictif, la Persona, jusqu’au vrai centre de l’individu, la création de soi-même.

L’individuation est caractéristique de la seconde moitié de la vie : quand l’homme a établi sa place dans le monde, une nouvelle exigence peut se faire valoir à lui, celle d’être vraiment lui-même, être ce qu’il est, tout ce qu’il est et seulement ce qu’il est. C’est l’archétype du choix qui suscite et dynamise ce processus. Un individu peut alors questionner tous les aspects de sa personne et notamment sa part d’Ombre.

« Les archétypes sont doués d’une initiative propre et d’une énergie spécifique. Ils peuvent aussi, à la fois, fournir dans la forme symbolique qui leur est propre une interprétation chargée de sens et intervenir dans une situation donnée avec leurs propres impulsions et leurs propres pensées. À cet égard, il fonctionne comme des complexes. Ils vont ils viennent à leur guise et souvent ils s’opposent à nos intentions conscientes ou les modifient de la façon la plus embarrassante. Nous pouvons percevoir l’énergie spécifique des archétypes lorsque nous avons l’occasion d’apprécier la fascination qu’ils exercent. Ils semblent jeter un sort. » Carl Gustave Jung « L’homme et ses symboles » Robert Laffont (1964)

La liberté dit Jung, ne s’atteint qu’à travers le processus d’individuation.

Dans ce processus d’individuation, quatre étapes (la survie, la différenciation, la construction et l’harmonie) mènent à la cinquième (la transcendance ou réalisation de soi).

# Première étape : le temps de la survie.

C’est la phase d’adaptation qui correspond à l’enfance et au premier temps de la vie d’adulte, quand nous apprenons à obtenir une sécurité affective en réglant le comportement en fonction de ce qui est attendu de nous. Cette tendance conduit à adopter un personnage qui ne reflète pas la totalité de l’Être. Une partie de nous et niée, refoulée dans l’inconscient

# Deuxième étape : le temps de la différenciation.

C’est la phase de l’affirmation de sa différence, de son identité personnelle et professionnelle, phase d’autonomie et de prise de pouvoir et parfois de domination de l’autre. Nous commençons à réaliser que le personnage que nous avons adopté nous étouffe. Ce que Jung appelle l’Ombre, ce qui sommeille en nous et que nous n’avons pas encore choisi d’être, se rappelle à nous par vagues de nostalgie, de bouffées dépressives.

# Troisième étape : le temps de la construction.

C’est le temps de l’intégration dans la communauté, de la prise de responsabilité collective. C’est aussi le temps du doute, du questionnement. Nous commençons à réévaluer notre parcours et à remettre tout en question. Nous vivons les limites de notre personnage qui se fissure pour laisser émerger le refoulé. Côté lumière, nos vraies aspirations émergent. Côté Ombre, la colère et les dérapages peuvent s’exprimer.

# Quatrième étape : le temps de l’harmonie.

C’est le début de la réconciliation, de l’intégration des opposés. Les aspirations de l’enfant peuvent être entendues. La Persona (le personnage) et le vrai Soi commencent à se parler. L’incertitude et la confusion perdent du terrain. La quête de reconnaissance cède le pas au désir de ne plus se mentir, ni de se trahir. C’est le moment où nous pouvons choisir de réorganiser nos priorités, de développer nos potentiels.

# Cinquième étape : le temps de la transcendance.

C’est le temps de l’individuation : nous sommes complets, nous acceptons nos imperfections, nos désirs contradictoires. Nous accueillons nos émotions et nos ressentis sans les juger. Nous nous intéressons à notre raison d’être, à notre utilité au sein du collectif. La dimension spirituelle est réinvestie, nous nous sentons reliés au vivant et à l’ensemble de l’univers.

En résonance avec cette invitation à prendre ma place au sein de l’Univers, je me remémore régulièrement ce qu’a écrit Marianne Williamson (écrivaine américaine) dans son ouvrage « A return to Love » :

« Nous nous posons la question « Qui suis-je moi, pour être brillant, radieux, talentueux et merveilleux ? » En fait, qui êtes-vous pour ne pas l’être ? Vous êtes un enfant de Dieu. Vous restreindre, vivre petit, ne rend pas service au monde. L’illumination n’est pas de vous rétrécir pour éviter d’insécuriser les autres. Nous sommes nés pour rendre manifeste la gloire de Dieu qui est en nous. Elle ne se trouve pas seulement chez quelques élus. Elle est en chacun de nous. Au fur et à mesure que nous laissons briller notre propre lumière, nous donnons inconsciemment aux autres la permission de faire de même. » Marianne Williamson

Une sentence qu’Aristote n’a (presque) pas dite m’inspire également : « Là où vos talents rencontrent les besoins du monde, là est votre vocation. » Une sentence parfaite ? Oui, sauf qu’Aristote ne parlait pas du concept de vocation. C’est Augustin, sept siècles après Aristote, qui a parlé d’une âme susceptible de répondre librement à un appel du divin. Les Grecs anciens concevaient l’homme comme un sujet traversé par les forces cosmiques. Pour Aristote, il n’y avait donc pas d’appel du divin, ni de destin qui dirigeait l’homme, mais plus simplement une aspiration au bonheur (« eudemonia » en grec parfois traduit par épanouissement). Cette quête d’un bonheur lié à la réalisation de nos potentialités pourrait paraître de prime abord égoïste mais il n’en est rien.

L’homme possède une nature en puissance qu’il s’agit pour lui de réaliser, un potentiel qui doit s’actualiser. Aristote considère ce que désire l’homme et ce que requiert le monde. Selon lui, la cité est le lieu où l’homme trouve à réaliser son humanité et peut accéder à la vertu d’homme de bien. C’est dans la rencontre avec les autres que notre propre existence prendre forme. C’est en désirant ce qui est bon pour nous-même et pour les autres que nous prenons soin de notre accomplissement. Selon Philippe Nassif (écrivain français), Aristote aurait pu dire « là où les possibles du monde permettent d’actualiser jusqu’à l’excellence les puissances en l’homme, là est notre fin, c’est-à-dire notre bonheur ».

Sources : Wikipedia + Archétypes (« le jeu de cartes que Jung aurait adoré créer ») par Souriez Vous Managez + pensées personnelles.

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