watzawickLa situation est désespérée et la solution désespérément simple.

« Une idée, pour peu qu’on s’y accroche avec une conviction suffisante, qu’on la caresse et la berce avec soin, finira par produire sa propre réalité. »

Paul Watzlawick est né en Autriche en 1921 et décédé en 2007 à Palo Alto, en Californie. Il a exercé la psychanalyse à Zurich puis a été l’une des figures principales de l’École de Palo Alto qui a développé l’approche systémique.

J’aime son point de vue systémique, engagé, décapant et railleur.

Je partage avec vous quelques extraits de son livre « Faites vous-même votre malheur » qui commence fort …
« L’homme n’est guère fait pour s’accommoder de la pure béatitude. Nos cousins à sang chaud du royaume animal ne sont d’ailleurs pas mieux lotis que nous. Que l’on veuille bien considérer les effets monstrueux de leur vie confinée et protégée dans les zoos, qui, mettant ces splendides créatures à l’abri des périls, de la faim et des maladies (y compris la carie dentaire) a vite fait de les transformer en l’équivalent des névrosés et des psychotiques humains. »
Il poursuit sur la même lancée …
« L’État moderne a si grand besoin de l’impuissance et du malheur toujours croissant de ses citoyens qu’on ne peut laisser la satisfaction d’un tel besoin à la seule initiative individuelle, quelles qu’en soient les bonnes intentions. Comme dans tous les autres domaines de la vie humaine, le chemin de la réussite passe ici par la planification et le dirigisme de l’État. Être malheureux est certes à la portée du premier venu. Mais se rendre malheureux, faire soi-même son propre malheur, sont des techniques qu’il faut apprendre. A cet apprentissage-là, quelques coups du destin ne suffisent pas. »
Alors, parmi les merveilleuses techniques que Paul Watzlawick évoque pour réussir à faire son propre malheur, il y a la conduite d’évitement qui perpétue la situation ou la difficulté redoutée.
« En évitant une situation ou une difficulté que l’on redoute, on risque, tout en ayant l’air de choisir la solution la plus simple et la plus raisonnable, de perpétuer la situation ou la difficulté que l’on redoute. Pour bien le montrer, un exemple suffira. Supposons un cheval qui reçoit un choc électrique dans un de ses sabots par l’intermédiaire d’une plaque métallique dissimulée dans le plancher de son écurie. Si avant chaque choc on fait retentir une sonnerie, l’animal semble établir assez rapidement un rapport causal entre la sonnerie et la sensation désagréable. Désormais, chaque fois que la sonnerie retentit, il lève le sabot, manifestement pour éviter le choc électrique. Une fois cette relation de cause à effet entre les deux évènements bien établie, le choc électrique cesse d’être utile. La sonnerie seule suffit à provoquer le mouvement de la jambe pour soulever le sabot. Et, qui plus est, chacune de ses conduites d’évitement parait renforcer chez l’animal la « conviction » qu’en soulevant le sabot il évite un choc désagréable. Ce que le cheval ignore, c’est que sa conduite d’évitement l’empêche à tout jamais de savoir si le danger a cessé d’exister. Une idée, pour peu qu’on s’y accroche avec une conviction suffisante, qu’on la caresse et la berce avec soin, finira par produire sa propre réalité. »
Et vous, que continuez vous à essayer d’éviter ?