J’ai à cœur de partager un magnifique texte d’Alain Cardon sur l’écoute réceptive et le silence intérieur. En tant qu’accompagnant, j’ambitionne de m’installer durablement dans cette qualité de présence. Ce sera peut-être le travail d’une vie …

« Au-delà de l’écoute active »

Alain Cardon (novembre 2018)

 

Les professionnels du coaching systémique gagneraient à bien préciser voire redéfinir la vraie fonction de l’écoute dans le métier. Pour commencer, le terme d’écoute active peut utilement être renommé écoute réceptive. Cette écoute réceptive de coach serait démontrée par le déploiement de compétence dans un minimalisme très respectueux de l’espace du client : bien moins de mots, des phrases bien plus courtes et une présence bien plus profonde caractérisée par des silences bien plus longs.

La première fonction d’une telle présence de coach minimaliste est de modéliser que pour le client aussi, le silence n’est pas un ennemi à éviter à tout prix mais un vieil ami à retrouver et accueillir. De toute évidence, une dose quotidienne de solitude et de silence est essentielle à la bonne santé personnelle. Au sein de toute relation à la fois intense et intime, le silence partagé est aussi un socle important, sinon un creuset de communication absolument indispensable. En coaching, ce même silence partagé procure au coach et au client un espace vide, libre, ouvert, fertile et puissant par sa simple profondeur et son énorme potentialité. Il offre au coach et au client un havre à la fois paisible et exigeant qui permet des recherches bien plus intimes, puis qui accueille l’émergence de solutions bien plus personnelles et originales.

Deuxièmement, le minimalisme du coach qui respecte un silence partagé permet de limiter la possibilité d’interruptions inflationnistes de techniques, de stratégies, de théories, de modèles et autres méthodes superflues dont le seul but, fondamentalement stérile, est de tenter de démontrer sa différence, un objectif aussi illusoire qu’inutile. En effet, pour en revenir à la philosophie centrale du coaching, toutes les compétences du métier se doivent d’abord d’occuper un strict minimum d’espace. Elles servent toutes principalement à laisser le client plonger au sein de ses préoccupations, de sa profondeur, de son propre silence intérieur. Il s’ensuit que la véritable fonction du coaching, c’est à dire du coach et du client, est de leur permettre de trouver leur propre puissance de guérisseur, en se retrouvant chacun au sein de son silence personnel et partagé. Ainsi le silence en coaching n’est pas une impasse à éviter. Il en est son avenue principale, son autoroute.

Pour être plus précis, au lieu de considérer qu’un coaching est puissant lorsque le dialogue du client est occasionnellement interrompu par quelques silences signifiants, le coach systémique considère qu’un coaching est puissant que si son client prend le temps de régulièrement consulter son silence intérieur, et ceci de façon approfondie. Ce n’est que là que les partenaires en coaching pourront enfin se retrouver et chacun s’aligner avec son véritable être intime.

Par conséquent, si un coaching puissant peut être clairement identifié, c’est lorsqu’il repose sur un profond silence totalement partagé. Généralement, ce silence en commun est une communion. Il est vécu comme presque sacré. Il n’est qu’occasionnellement interrompu par quelques mots du client, et encore plus rarement ponctué par les compétences d’un coach véritablement minimaliste.

Métaphoriquement, imaginez qu’un client vienne au coaching comme un nouveau locataire dans un appartement totalement vide. Fondamentalement, il souhaite d’abord en apprécier le potentiel des espaces jusqu’au panorama environnant, puis progressivement apprendre à meubler son intérieur à sa façon. Au fond de lui-même, il veut y prendre le temps nécessaire afin de découvrir de quoi est fait son nouvel espace personnel. Si en apparence pour le client, il s’agit de définir son nouveau style de vie, celui-ci doit correspondre à des goûts émergents encore inconnus. En fait, au plus profond, ce style devra correspondre à la personne que l’espace libre tout autour, et que le vide intérieur, lui permettra de peu à peu redécouvrir en lui.

Même s’ils ne le savent pas encore, les clients viennent donc au coaching d’abord et surtout pour se retrouver au plus profond de leur silence intérieur. Ils souhaitent s’y redécouvrir, Ensuite, afin de réaligner l’ensemble de leurs vies personnelles et professionnelles avec cet état intérieur, totalement personnel et fondamentalement originel, enfin retrouvé.

Par conséquent, pour d’abord se réaligner avec eux-mêmes puis pour entamer leurs reconfigurations essentielles, ces clients viennent au coaching surtout pour y louer un espace totalement libre. Ils veulent que cet espace reste totalement personnel et bien protégé afin de pouvoir entièrement s’y confronter à eux-mêmes Par conséquent, la fonction du coaching systémique est de procurer aux clients cet espace privé – ce qui veux d’ailleurs aussi dire vide – privé de tout le reste. Le rôle du coach est ensuite de devenir un témoin intensément présent, réellement silencieux et transparent, afin de laisser leurs locataires entreprendre leur grand voyage personnel au sein de leurs paysages intérieurs.

Bien entendu, le piège habituel des clients est aussi de tout faire pour éviter de se retrouver face à leurs vastes étendues personnelles, pour détourner la fonction voire la qualité du silence partagé. Certains cherchent à rapidement meubler leur nouveau volume vide avec leurs vieux meubles, leurs nombreux objets déjà fatigués à force d’usure, leurs anciens souvenirs comme tatoués à fleur de peau, leurs vieilles habitudes et routines en guise de rustines comportementales.

Notez que nos vies modernes sont en effet incroyablement encombrées de supports matériels, excessivement remplies de bruits dérangeants, noyées sous des montagnes d’informations superflues. Jusqu’au fin fond de chacun d’entre nous, tout cela s’accumule jusqu’à occuper bien trop de place. Pire, ces bruits incessants et cette sédimentation matérielle se déposent en nous par couches successives et finissent par totalement nous habiter, nous submerger. Ils finissent par totalement nous divertir, nous détourner, nous prendre en otage. En conséquence, nous existons à des années lumières de notre finalité fondamentale, de notre aspiration vitale, de notre transparence essentielle.

Soyons clairs : au-delà de presque tous leurs buts avoués et ultérieurs, individuels et sociaux, familiaux et professionnels, tous nos clients en coaching cherchent surtout à retrouver leur finalité première, la claire lumière de leur âme. Ils ont soif de leur véritable voie personnelle, de reconnaître leur véritable origine, de retrouver le sens premier de leur existence. Ce travail de retrouvaille ne peut être accompli qu’en épousant leur vide, que par le respect d’un silence partagé sans failles, qu’au sein d’un espace intérieur des plus libres et accueillants.

Par conséquent, au cours d’un processus de coaching systémique véritablement pertinent, il est nécessaire de garder l’espace du client totalement libre de toute accumulation historique, d’expériences passées, d’outils privilégiés, d’habitudes apprises, de dialogues ritualisés.

La difficulté d’épouser le silence.

Au sein de notre contexte matérialiste occidental, le vide et le silence est généralement perçu comme négatif sinon dangereux. Il est associé au méchant néant aliénant de l’espace interstellaire, aux profondeurs sombres et inquiétantes des abysses océaniques.

Matériellement, le silence est synonyme de simple vacuité, de rien. Dans notre perception populaire, le silence sidéral et l’espace cosmique sont tous deux la fois sourds et muets, ils n’ont pas de sonorité perceptible : aucune onde d’énergie, pas de pulsation ni de rythme. Ce néant perpétuel est hors temps, n’a pas de valeur, ni de sens ou de finalité. Pour beaucoup le silence et le vide n’ont pas d’intention ou de direction, de connexion, de goût ou d’odeur, de pensée ou d’émotion. Un tel silence est associé au vide infini, au côté obscur de notre ombre inconsciente, de nos démons intérieurs, au chiffre zéro, à la solitude, à la dépression, au désert et à la mort. Pour faire court, les cultures occidentales dominantes considèrent que le vide et le silence sont tous les deux très suspects sinon totalement négatifs. A éviter sinon fuir !

Par conséquent il nous faut être perpétuellement occupé sinon préoccupé. Nous devons remplir tous nos espaces et nos temps de choses, d’actions volontaires, d’émotions fortes, de bavardages incessants. Nous devons acquérir de grands volumes afin de les remplir de montagnes de biens matériels, jusqu’au débordement, jusqu’à en perdre notre place et notre temps. Nous devons ensuite nous fixer encore plus d’objectifs afin de réussir de façon encore plus glorieuse, dans une boulimie sans autre raison que de remplir chaque petit creux. Nous finissons presque nauséeux de vies si pleines.

Ainsi nos sociétés deviennent obèses de cette consommation excessive. Peu à peu, nos placards et décharges, nos artères et avenues, nos têtes et greniers, nos reins et rivières, nos poches et portefeuilles virtuels, nos esprits et nos cœurs en deviennent totalement saturés.

Ainsi nous nous perdons au sein d’un gigantesque cauchemar de consommation matérielle totalement insoutenable, dont le seul but est de remplir notre grand vide intérieur, les profondeurs inexplorées de notre grand bleu qui meurt en silence. Nous sommes devenus étrangers à nous-mêmes, les uns aux autres et à notre environnement.

Nous n’avons plus une minute pour rêvasser, pour marcher, pour contempler ou méditer, pour flâner, errer et explorer, pour vraiment se rencontrer, juste pour être disponible en soi, pour respirer profondément et apprécier notre grand silence partagé. Et paradoxalement alors que nous n’en avons plus, nous considérons tous ces plaisirs essentiels comme de la perte de temps !

Le vrai luxe est devenu le loisir d’avoir beaucoup de temps libre, associé à l’immense espace vacant de nos vacances d’enfants. L’envie d’année sabbatique, de désert et d’île abandonnée nous tenaille, comme le désir d’une grande demeure inhabitée au sein d’un paysage grandiose ou celui d’une sieste prolongée dans une prairie sans limite, ou d’une clairière perdue au sein d’hectares de friches sauvages. Nous mourrons d’envie de ce grand bol de haute mer, de contemplation et de méditation sans interruption, de cimes himalayennes flanquées d’horizons inatteignables.

L’omniprésence du néant cosmique.

En théorie quantique comme en astronomie, l’espace apparemment vacant est actuellement le sujet de beaucoup de questionnement. Il s’avère en effet que tout ce soi-disant vide sidéral n’est pas du tout ce que l’on croyait. Dans sa nature vibratoire profonde, le grand néant interplanétaire, interstellaire et intergalactique semble comprendre bien plus de masse et d’énergie que toutes les étoiles et toutes les planètes cumulées. La même chose semble se manifester en ce qui concerne le vide apparent qui existe entre toutes les microparticules matérielles que nous percevons comme des électrons, protons, neutrons et autres quarks. Donc en ce qui concerne le concept d’espace vide, nous avons tout faux. Nous ne voyons qu’en creux ! Ce néant apparent est bien plus plein que tout le reste, et semble même en être son socle, son tissu constitutif, son origine et sa destination.

Notez aussi qu’en musique comme en paroles, le silence est perçu comme un espace vide qui ne sert qu’à séparer les notes et les mots qui s’infiltre entre les gammes comme entre les paragraphes, entre les mélodies et symphonies comme entre les chapitres et les livres. Nous considérons aussi qu’un genre de néant similaire caractérise des zones inhabitées ou de non droit ou sépare certains pays. Ce n’est qu’une zone de désolation au beau milieu de nos guerres de tranchées. Bref, le silence et l’espace vide ne servent qu’à distinguer ou à séparer tout ce que nous percevons de notable, de matériellement défini ou solide, d’utile ou de vrai.

Proposons d’inverser cette perspective !

Considérez par exemple que tout ce que nous percevons comme du vide ou du néant constitue en fait la source originelle d’où émerge tout le reste et vers laquelle tout retourne. En réalité, l’espace soi-disant vide et le silence universel sont l’équivalent de nos fleuves et océans perçus comme infranchissables alors même qu’ils sont la source de toute la vie environnante. Le silence et son vide équivalent sont comme un sous-sol profond et nourrissant sur lequel notre réalité temporelle et matérielle n’existe que très superficiellement. Cette réalité de surface n’est là rien que pour offrir un peu de contraste et de perspective à ceux qui osent plonger aux tout fond d’eux-mêmes jusqu’à s’y retrouver.

En effet, sans musique et sans bruit, comment pourrions-nous percevoir l’incroyable longueur, largeur et profondeur de notre silence si merveilleusement éloquent ? Sans notre encombrement matériel et nos paroles éphémères, comment pourrions-nous percevoir la pure potentialité et la totale vitalité de nos immenses espaces intérieurs ?

Fondamentalement, la multitude d’objets, de sons, d’odeurs et de saveurs perçus par nos sens ne sont là que pour servir de cadre superficiel, que pour attirer notre attention sur le merveilleux tableau de maître, autrement minimal, profond et universel. Tous les bruits de surface agissent comme autant de décorations voyantes et superflues qui envelopperaient ou encadreraient un univers caché, bien plus impressionnant. Ils s’agitent comme un rideau vaporeux qui ne fait que filtrer une lumière bien plus intense. Tous ce bruitage quotidien ne sert en fait qu’à révéler ce qu’il cache, qu’à mettre en valeur la profondeur sans limite, le potentiel infini du vide sidéral de notre espace silencieux à la fois interne et universel.

De cette façon, les notes de musique ne sont que des interruptions éphémères qui sortent ou émergent d’un silence bien plus signifiant. Sauf à devenir silence, aucune note n’est vouée à rester éternelle. Soit elle est immédiatement remplacée par une autre puis une autre encore, soit le silence universel qui reste toujours en toile de fond reprend ses droits et réassume sa puissante permanence, son potentiel infini.

De la même façon, les mots d’un dialogue de coaching ne sont que des interruptions éphémères qui émergent accidentellement et temporairement du silence partagé. Ces mots ne sont pas censés prétendre à une quelconque pérennité, ni à un sens plus lourd que le silence dont ils sont issus. Au pire, chaque mot sera remplacé par un autre puis un autre jusqu’à ce qu’enfin, le silence partagé puisse reprendre sa juste place, sa permanence englobante, sa potentialité universelle et infinie.

Au niveau quantique aussi, toute forme matérielle, toute poussière d’atome n’est qu’une émergence temporaire, qu’une crête éphémère de sens apparent, qui surgit presque accidentellement au beau milieu d’une immense mer de vibration, sous-jacente et invisible parce que continue. Il s’agit là, à la place d’un grand vide apparent, du champ universel de vibrations originelles, de la réalité cosmique dont est fait l’ensemble de notre univers invisible.

Plus nous étudions la minuscule réalité matérielle des protons, des neutrons et des quarks, plus nous réalisons que ces particules apparentes ne sont que des nœuds temporaires de perturbations émergentes, au sein d’une immense toile sous-jacente, bien plus cohérente. Cette dernière est faite d’énergie vibratoire, continue et connectée.

Comme la mer pour un poisson, le grand vide occupe l’ensemble de ce qui nous entoure. C’est notre mer universelle que nous percevons comme un grand néant. De toute évidence, c’est au beau sein de ce rien omniprésent que tout réside.

En fait, notre silence intérieur est le premier endroit où chacun de nous peut découvrir le plus vrai de qu’il est, de ce à quoi il appartient à la fois en termes d’origine et de destination. Juste au-delà des interférences temporaires que sont nos objets et nos mots, le silence intime et partagé est notre accès privilégié à l’océan vibratoire universel, au véritable substrat constitutif de la vie. C’est cela qui compose notre champ d’existence commun, c’est au sein de cela que nous sommes tous connectés, juste au-delà ou autour des perturbations superficielles composés de matières et de bruits différenciant.

En conclusion, notre silence personnel le plus profond, notre espace intérieur qui parait le plus vide, n’est pas un grand néant vide de vie et de sens. Paradoxalement, il est ce qu’il y a de plus réel et de plus connecté à l’ensemble de l’universel. Il est le lieu le plus authentiquement vrai, d’une part que les clients en coaching désirent redécouvrir, et d’autre part que les coachs professionnels aspirent à redevenir.

C’est en plongeant au sein de ce grand vide silencieux que nous pouvons enfin épouser la source de notre vie.

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